FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Discours d’ouverture de Jean Charest :rien de rassurant

Mercredi, le 9 mai 2007, Jean Charest a prononcé son discours d’ouverture de la 38e législature de l’Assemblée nationale. Trois partis y sont représentés et il est à noter que, pour la première fois depuis 1878, le gouvernement est minoritaire.

Après les salutations et félicitations d’usage, notamment au président d’assemblée, au premier député autochtone depuis 80 ans et au plus jeune député élu à l’Assemblée nationale, monsieur Charest a répété qu’il a bien compris le message lancé par les Québécois-e-s le 26 mars dernier, c’est-à-dire un réel désir de changement. Il a aussi annoncé son intention de travailler en collaboration avec les deux partis d’opposition.

Sans grande surprise, le premier ministre a fait étalage de ses récents succès : cote de crédit au plus haut, taux de chômage au plus bas, mise sur pied d’un plan de lutte aux changements climatiques, etc. Par contre, il n’a pas insisté sur des éléments tels que les impôts dont la baisse a été moins importante qu’annoncée. La Fédération s’est toutefois toujours opposée à cette baisse d’impôts arguant que cet argent pourrait être réinvesti dans le réseau de la santé.

« Les Québécois ont un avenir fantastique » a-t-il cité. La Fédération se questionne sérieusement sur cet avenir merveilleux que laisse entrevoir le gouvernement en place.

En matière de santé, quelle sorte d’avenir les Québécois-e-s peuvent-ils-elles espérer lorsque la menace d’un système à deux vitesses est sur le point de se concrétiser? Monsieur Charest prétend vouloir faciliter le retrait du marché du travail et l’accès aux soins de santé de la vieillissante population québécoise. Il semble réellement oublier la situation prévalant dans le réseau : pénurie de main-d’œuvre et conditions de travail extrêmement difficiles pour les professionnel-le-s de la santé, pour ne nommer que ces problèmes. Plutôt que d’ajouter des ressources humaines et financières au système public, il ouvre grand la porte au secteur privé.

Il prône le désir de justice sociale de son gouvernement pour expliquer l’introduction de financement privé et de services privés en santé. La Fédération affirme que ces choix sont purement politiques et n’ont aucun lien avec les principes de gratuité, d’accessibilité et d’universalité des soins de santé. Un système à deux vitesses fera simplement en sorte que les mieux nantis auront un accès privilégié aux soins, alors que l’ensemble des contribuables qui financeront ce système devront se contenter d’attendre leur tour dans le secteur public.

Pour justifier le recours au privé, le gouvernement Charest invoque qu’il doit répondre à l’arrêt Chaoulli, qu’il a reçu un ordre de la Cour suprême et qu’il doit s’y conformer. Toutefois, la réponse du gouvernement va beaucoup plus loin que ce qu’il était tenu de faire et il apparaît évident que le jugement de la Cour lui sert d’alibi pour mettre de l’avant ce qu’il cherchait à faire depuis longtemps, soit ouvrir les services de santé au secteur privé.

Lors de son allocution, monsieur Charest a aussi réitéré que les frais de scolarité seront dégelés. La Fédération déplore cet état de fait et s’inquiète des propos contradictoires tenus par un premier ministre qui affirme pourtant que l’éducation est une priorité de son gouvernement et que l’avenir de la nation en dépend. La Fédération trouve très simpliste que les seules actions prévues pour stimuler la réussite scolaire soient de combattre la malbouffe et de se munir de bulletins à chiffres.

La Fédération s’interroge aussi sur le
silence du premier ministre quant à la réforme
du mode de scrutin. Elle espère que ce silence ne signifie
pas que le statu quo sera maintenu et interpelle le gouvernement
afin qu’il respecte ses engagements à ce sujet.
Il faut savoir que, pour que le nouveau mode de scrutin soit
en vigueur lors de la prochaine élection, le processus
d’étude et de mise en place doit être amorcé dès
maintenant.

Monsieur Charest a clos son discours en énumérant les huit objectifs à court terme de son gouvernement visant, selon lui, à améliorer la qualité de vie des Québécois-e-s. Ainsi, il a annoncé une nouvelle baisse d’impôt, l’ouverture de cliniques privées affiliées au réseau public de santé, le dégel des frais de scolarité et la bonification du régime de prêts et bourses, des mesures visant à éliminer la malbouffe dans les écoles, le retour aux bulletins chiffrés dès la prochaine année scolaire, la création d’une redevance sur les hydrocarbures, le règlement du dossier des conseils d’agglomération et l’adoption d’une loi sur les armes à feu semi-automatiques.

La Fédération est particulièrement inquiète des mesures annoncées pour les réseaux de la santé et de l’éducation. Elle tient à rappeler au gouvernement Charest qu’elle demeure sur le qui-vive et qu’elle sera là pour défendre ses membres dans les dossiers qui les touchent comme citoyennes et comme professionnelles en soins.

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