FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Les syndicats dénoncent la fermeture sauvage d’une ressource indispensable

Montréal, le 9 octobre 2007  —  La décision de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal de priver la population du centre-ville de 200 lits d’hébergement en CHSLD est totalement inacceptable pour les gens qui dispensent des soins à une clientèle parmi les plus vulnérables de notre société.

Lors d’une conférence de presse, aujourd’hui, les porte-parole de la CSN et de la FIQ ont conjointement dénoncé la décision de diminuer le nombre de lits en CHSLD, alors qu’il existe un besoin grandissant d’en créer de nouveaux. La région de Montréal a perdu plus de 700 lits en CHSLD depuis 1995 et, selon l’Institut de la statistique du Québec, le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus augmentera de 47 % d’ici 2026. En fermant des ressources dans le secteur public, l’Agence annonce du même coup qu’elle s’en remet à des entrepreneurs privés, comme COGIR, pour ouvrir 480 places d’hébergement, et rien n’indique qu’ils offriront la même qualité de soins que ceux dispensés dans les CHSLD publics.

Lina Bonamie, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec – FIQ, croit que la  fermeture  témoigne de la  nature  idéologique du  gouvernement Charest. « Transférer des lits dans des ressources intermédiaires ou les transformer en hébergement à domicile, cela veut dire qu’on veut sous-traiter les lits du réseau public vers le privé », dit-elle. « Le cas de Jacques-Viger est un exemple concret du désengagement de l’État. En jouant sur la rhétorique, à savoir que ces choix sont le fait d’une volonté d’humaniser les soins en rapprochant les gens de leur milieu, on tente de masquer les véritables intentions, soit la libéralisation de la santé. »

Pour Louis Roy, vice-président de la CSN, l’opposition déjà exprimée par les résidantes et résidants et le milieu communautaire fait ressortir un consensus qui est en train de s’établir à l’encontre de la volonté gouvernementale de pousser nos aîné-es vers un système privé où la recherche du profit l’emporte sur la qualité des soins. « Nous nous joindrons à la résistance des usagers et des usagères afin de renverser cette décision basée sur des arguments fallacieux », a dit Louis Roy. « La raison avancée par l’Agence pour justifier cette fermeture — la prétendue vétusté de l’édifice Jacques-Viger — ne tient pas la route. Il est évident qu’on nous cache la véritable motivation derrière une fermeture qui n’est probablement pas la dernière de ce genre », a commenté le vice-président de la CSN.  

Les conséquences de la délocalisation sauvage de gens fragiles, qu’on observe présentement un peu partout au Québec, sont dramatiques pour la population affectée, note Denis Tremblay, président du Syndicat du CSSS Jeanne-Mance – CSN. Le centre Jacques- Viger est situé sur le territoire des Faubourgs, où le pourcentage de personnes âgées de 65 ans et plus qui vivent seules est de 55,5 %.  « Le redéploiement des 200 résidants ne se fera pas sans inconvénient majeur »,  explique Denis Tremblay. « Le simple fait de transférer une personne âgée, d’un étage à un autre dans le même établissement entraîne souvent, dès le lendemain, une désorientation. Alors, on peut imaginer ce qui arrivera lorsqu’on en déplacera 200. Fermer Jacques-Viger, c’est un recul que nous refusons et que nous combattrons. »

Régine Laurent, présidente de l’Alliance interprofessionnelle de Montréal (AIM-FIQ), est, elle aussi, craintive pour les usagers du centre Jacques-Viger. « Cette décision est tout simplement insensée et ne peut qu’entraîner des effets dévastateurs pour la clientèle du CHSLD Jacques-Viger, prévient-elle. Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, dont fait partie Jacques-Viger, dessert un groupe de la population parmi les plus pauvres de l’île de Montréal. Depuis des années, les résidants ont développé des liens importants qui leur permettaient de mieux vivre leur condition pas toujours facile. Où ira maintenant cette clientèle du centre-ville particulière et démunie? », de conclure madame Laurent.