FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Lorsque les céréales ne servent plus à nourrir

Depuis quelques semaines, la crise alimentaire fait la une des journaux et est le sujet de multiples reportages. Des émeutes de la faim ont eu lieu dans de nombreux pays à travers le monde : Égypte, Afrique du Sud, Maroc, Cameroun, Sénégal, Éthiopie, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Philippines, Haïti, Mexique, Madagascar, pour ne nommer que ceux-là. De quoi s’agit-il au juste?

Le prix des denrées alimentaires, en particulier celui des céréales, a monté en flèche sur le marché mondial : à certains endroits, le prix du blé a augmenté de 130 % au cours de la dernière année et celui du soya et du riz de 100 %. Dans les pays les plus pauvres, où les ménages dépensent en moyenne de 60 % à 90 % de leur maigre revenu pour se nourrir, les céréales sont la base de l’alimentation. Il n’est alors pas difficile de comprendre que la situation est dramatique pour ces populations dont la survie même est en péril.

Comment expliquer cette soudaine flambée des prix? Il n’y a pourtant pas de pénurie alimentaire. En effet, depuis 1961, la production mondiale de céréales a triplé, alors que la population a doublé. Toutefois, moins de la moitié de la production céréalière mondiale est directement consommée comme aliment par la population. Une large part de cette production sert à l’alimentation animale et l’autre part à la production de biocarburants. Il semble d’ailleurs que l’engouement pour les biocarburants est en grande partie responsable de la crise actuelle, car la hausse de la demande pour les céréales sur le marché mondial a entraîné, par le fait même, une hausse fulgurante des prix.

Selon la très sérieuse revue The Economist, le maïs requis pour remplir d’éthanol le réservoir d’un VUS suffirait à nourrir une personne pendant une année. Aux États-Unis seulement, la politique de production de biocarburants fait en sorte que 138 millions de tonnes de maïs sont drainées hors du marché alimentaire. D’après le Fond Monétaire International (FMI), entre 20 % et 50 % de la production mondiale de maïs et de colza a ainsi été détournée de son usage initial. Le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a récemment déclaré que la transformation d’aliments en carburants n’est ni plus ni moins qu’un crime contre l’humanité.

Il ne faut pas non plus oublier que le Canada a emboîté le pas aux autres puissances occidentales en encourageant lui aussi la production de biocarburants à partir de maïs. Le gouvernement Harper vient d’ailleurs de présenter un projet de loi sur les carburants renouvelables (C-33) qui augmenterait à 5 % le seuil minimum d’éthanol dans le carburant d’ici 2010. Ce projet de loi contribuerait à hausser le prix du maïs, et ce, en pleine crise alimentaire.

Déjà, avant la récente flambée des prix, un enfant de moins de 10 ans mourrait toutes les cinq secondes et 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées! Selon le programme alimentaire mondial des Nations Unies, avec la crise alimentaire, c’est 100 millions de personnes de plus qui ne pourront se procurer les aliments pour manger à leur faim. Malheureusement, il s’agit là des conséquences d’une politique qui a transformé les denrées alimentaires de biens de subsistance en marchandises sujettes aux lois du marché. Et si on permettait à l’agriculture de retrouver sa véritable vocation – celle de nourrir les populations? L’alimentation est beaucoup trop importante pour l’abandonner aux lois du marché!

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