FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

53e session de la Commission sur la condition de la femme de l’ONU

Dimanche, 1er mars 2009 – Jour 0

La 53e session de la Commission de la condition de la femme (CCF) de l’ONU débute lundi le 2 mars à New York sous le thème « Le partage égal des responsabilités entre femmes et hommes, y compris les soins dispensés dans le contexte du VIH/SIDA ». Plus de 5000 organisations non-gouvernementales (ONG) sont inscrites à cette rencontre.

En vue de se préparer à intervenir efficacement, des représentantes d’organisations syndicales appartenant à trois grandes organisations internationales, soit la Confédération Syndicale Internationale (CIS), l’Internationale de l’Éducation (IE) et l’Internationale des Services Publics (ISP), dont la FIQ fait partie, se sont réunies dimanche après-midi. Des délégations provenant de 40 syndicats, dont des femmes de Côte d’Ivoire, des Caraïbes, des Indes, d’Italie, du Brésil, ainsi que du Canada et du Québec, se sont réunies pour se concerter afin d’influencer les résultats des délibérations de la CCF de l’ONU.

La FIQ, par le biais de trois participants, soit Michèle Boisclair, 1re vice-présidente, Michèle Poirier et Martine Eloy, conseillères à la condition féminine, suivront les travaux de la Commission.

Lundi, 2 mars 2009 – Jour 1

Lors de la plénière d’ouverture de cette 53e session de la CCF le 2 mars, de nombreuses interventions sur le partage des responsabilités entre femmes et hommes, notamment pour les soins dispensés dans le contexte du VIH/SIDA, ont fait ressortir l’importance de cette question pour l’autonomie économique, sociale et politique des femmes. En effet, nous assistons à la féminisation de l’épidémie de SIDA à travers le monde. De plus, nous savons que, dans la vaste majorité des cas, ce sont les femmes qui quittent leur emploi pour s’occuper d’un proche, avec d’importantes conséquences pour leur autonomie économique.

Toutefois, comme nous pouvions nous y attendre, la question de la crise économique s’est imposée en filigrane. En effet, la crise économique mondiale risque d’avoir un impact majeure pour les femmes. Compte tenu des inégalités structurelles du marché du travail, les femmes subissent plus que leur part des effets de cette crise. Au cours des jours à venir, la délégation syndicale devra élaborer des revendications qui assurent que les réponses à la crise ne se feront pas sur le dos des femmes et n’entraîneront pas la perte des gains obtenus depuis deux décennies.

Mardi, 3 mars et mercredi 4 mars 2009 – Jours 2 et 3

Lors des sessions officielles de la Commission de la condition de la femme (CCF) de l’ONU, les délégué-e-s officiel-le-s de chaque pays présentent les réalisations de leurs pays respectifs sous leur meilleur jour. Ce n’est donc pas lors de ces présentations très formelles que nous pouvons identifier les enjeux de cette importante rencontre. L’enjeu principal se retrouve plutôt dans un document de cinq pages intitulé « Les conclusions concertées », disponible depuis l’ouverture de la 53e session. Les organismes à bût non-lucratif (ONG) se regroupent en caucus de toutes sortes, soit par région du monde (ex. : Amérique latine et Caraïbes), soit par affinité (ex. : caucus du mouvement syndical) pour débattre de ces conclusions, identifier des lacunes et, ensuite, proposer des reformulations.

Les principales préoccupations soulevées par le caucus syndical sont les suivantes :

  • il est important de ne pas seulement parler du droit des femmes au travail, mais bien du droit à un travail « décent »;
  • il faut donc insister sur la ratification et la mise en œuvre des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur l’égalité de rémunération, la discrimination en matière d’emploi et la protection de la maternité;
  • il faut encourager les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier la convention sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et la convention sur les pires formes de travail des enfants.

Une fois ces questions soulevées et débattues, des personnes s’attèlent à la tâche, souvent jusqu’aux petites heures du matin, pour rédiger des propositions, évaluant la portée juridique de chaque mot…  Le lendemain, les conclusions amendées seront distribuées au caucus qui mettra tout en œuvre pour gagner l’appui d’une majorité des délégué-e-s officiel-le-s.

Jeudi, 5 mars 2009 – Jour 4

L’Alliance de la Fonction Publique du Canada (AFPC), avec l’appui du caucus syndical canadien (CTC, FIQ, SFPQ, CSQ, et CSN) a tenu un point de presse devant l’entrée des Nations Unies pour annoncer son intention de dénoncer à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies le piètre bilan du gouvernement Harper en matière de droits des femmes et, notamment, la loi d’exécution du budget 2009 qui porte atteinte au droit des femmes à l’équité salariale.

Un peu plus tôt dans la journée, la ministre à la Condition féminine, Helena Guergis, avait présenté la déclaration du Canada devant la Commission de la condition féminine de l’ONU. Ce discours n’a pas rassuré les militantes du caucus syndical sur les intentions du gouvernement. Il y avait évidemment des déclarations d’intention louables, telles que « notre engagement à promouvoir les droits des femmes, l’égalité entre les sexes ainsi qu’une réduction durable de la pauvreté », mais aucun engagement concret. Sur la question de la crise économique, la ministre reconnaît que « les crises financières et économiques peuvent être particulièrement éprouvantes pour les femmes » et affirme que le Canada continuera « à encourager les femmes à participer au marché du travail et à faire carrière dans des secteurs non-traditionnels » mais ne dit pas un mot sur comment faire ceci lorsque les entreprises ferment (!). Pas un mot non plus sur le fait que la majorité des sans emploi qui n’ont pas accès à l’assurance emploi sont des femmes, et que le gouvernement Harper refuse d’assouplir les critères d’éligibilité tel que le demandent les groupes de femmes. De plus, la ministre a eu le front d’affirmer que le Canada a un plan universel pour la garde des enfants, alors qu’à l’extérieur du Québec, il s’agit seulement d’une prestation aux parents qui couvre à peine les frais d’une ou deux journées de garderie par mois après les déductions fiscales.

Une anecdote en terminant. Nous avons appris qu’en Colombie-britannique, un enfant peut travailler à partir de l’age de 12 ans avec l’accord d’un de ses deux parents. Questionnée sur ce point par une militante syndical, la représentante de la mission canadienne à l’ONU a répondu qu’elle n’y voyait pas de problème si le parent était d’accord! Saviez-vous que le Canada n’était pas contre le travail des enfants?

Vendredi, 6 mars 2009 et dernière journée pour nous de la délégation FIQ

Pour clôturer cette semaine intense, nous vous laissons avec une remarque très à propos d’une participante. Le thème de cette session, « le partage égal des responsabilités entre femmes et hommes », ne doit pas être compris seulement dans le sens d’un partage égal des responsabilités au sein du foyer, mais surtout dans le sens d’un partage égal des responsabilités publiques. Autrement dit, les femmes doivent aussi avoir la possibilité de partager les responsabilités dans la sphère publique. Et surtout, en temps de crise, le partage des responsabilités dans la sphère privée ne doit pas être le prétexte du désengagement de l’État et de l’abandon de ses responsabilités en matière de services publics.

Clôture de la 53e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU

Depuis l’ouverture de la 53e session de la Commission de la condition de la femme (CCF) de l’ONU, les États membres et les organisations non gouvernementales présentes ont travaillé d’arrache-pied pour mettre de l’avant des amendements aux conclusions proposées, dans certains cas, pour que celles-ci protègent mieux les droits des femmes à l’égalité et, dans d’autres cas, pour limiter leurs obligations en cette matière. Après deux semaines de débats et de lobbying intensifs, les conclusions concertées ont été adoptées par consensus le 13 mars dernier. En large partie grâce aux pressions de la société civile, celles-ci offrent au mouvement des femmes et aux organisations de la société civile un levier pour obliger les gouvernements à respecter leurs obligations en matière de partage des responsabilités entre femmes et hommes.

Voir également :

Commission de la condition de la femme dans le site de l’ONU (en anglais)