FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

L’utilisation de personnel infirmier d’agences privées est devenue monnaie courante dans le réseau public de santé

Depuis quelques semaines, une agence privée de personnel infirmier fait passer une publicité télévisée aux grandes heures d’écoute afin d’attirer de nouvelles candidates. Elle vante les avantages d’être employées par une agence privée : bonnes conditions salariales, horaires flexibles, conciliation famille/travail, avantages sociaux, etc. C’est alléchant pour les femmes qui ont envie de faire carrière dans le milieu de la santé et qui aspirent aux meilleures conditions de travail possible.

Dans la situation de pénurie de personnel en soins, celles qui ont un poste dans le réseau public ont peine à suffire à la tâche durant leur quart de travail et sont en plus obligées par leur employeur à faire des heures supplémentaires. Il y a donc fort à parier que la publicité de cette agence attirera des professionnelles, qu’elles soient expérimentées ou nouvellement reçues.

Malgré cette rareté de main-d’œuvre, une très grande majorité de professionnelles en soins travaillent à temps partiel; 60 % des infirmières et 40 % des infirmières auxiliaires. La logique voudrait pourtant que les employeurs offrent suffisamment de postes à temps complet pour dispenser tous les soins et les services dont la population a besoin. Malheureusement, trop d’employeurs préfèrent utiliser dans leur organisation du travail les services de personnel infirmier d’agences privées de manière institutionnalisée.

Or, le recours aux agences privées, loin de constituer une bouffée d’oxygène pour le réseau public de santé, contribue au contraire à accentuer la pénurie de personnel infirmier et à miner la qualité des soins. En fait, l’utilisation de ressources privées en soins infirmiers nuit considérablement à la stabilité des équipes de travail et augmente le fardeau de tâche pour les professionnelles en soins du réseau public. De plus, l’éclatement des équipes entraîne une perte d’expertise.

Dans de telles conditions, comment penser attirer et garder les professionnelles en soins dans le réseau public? Comment penser continuer à dispenser des soins qui répondent réellement aux besoins d’une clientèle en état de vulnérabilité en raison de la maladie ou de l’âge?

Par ailleurs, l’utilisation des services d’agences privées a coûté 158 millions de dollars en 2007-2008. Les perspectives de profit de ces entreprises privées sont certainement intéressantes si l’une d’entre elles se paie une publicité télévisée aux heures d’affluence. Tout cet argent qui va aux agences privées pourrait pourtant être investi dans la consolidation du réseau public de santé. Le gouvernement du Québec doit faire en sorte que cesse ce gaspillage. Il a la responsabilité de s’assurer que les établissements de santé cessent d’utiliser du personnel d’agences privées de façon institutionnalisée et de veiller à ce que les conditions d’exercice des professionnelles en soins soient améliorées afin de maintenir la qualité des soins aux usagers.

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