FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Délégation FIQ à la Commission de la Condition de la femme de l’ONU

Mme Asha-Rose Migiro, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies
Mme Asha-Rose Migiro, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies

New York, 3 mars 2010 — À peine trois jours après l’ouverture de la Commission de la femme et la délégation syndicale de la FIQ, à l’instar des autres syndicats et des ONG, cherche à négocier les résolutions à l’extérieur des salles closes où se prendront les décisions. En effet, grâce aux alliances faites entre le Bureau International du Travail (BIT) et l’Internationale des Services Publics (PSI), la FIQ a obtenu copie des documents de travail traitant de deux résolutions. L’une, proposée par les États-Unis, vise à réduire la mortalité maternelle, et l’autre, rédigée par le gouvernement de la Colombie, propose de rendre possible l’autonomie économique des femmes. C’est sans grandes attentes et avec un certain scepticisme que les ONG qui en ont pris connaissance tenteront d’influencer les représentants du gouvernement canadien au sujet de ces résolutions.

Pourtant, il y a tout lieu de se questionner sur les objectifs sous-jacents à ces deux résolutions et sur l’impact réel qu’elles auront sur les femmes.

En ce qui concerne la réduction de la mortalité maternelle, on ne peut que louer les intentions de cette résolution qui révèle le chiffre accablant de plus d’un demi-million de femmes et d’adolescentes qui décèdent chaque année des complications de la grossesse et de l’accouchement, sans compter les centaines de millions de femmes à travers le monde qui n’ont pas accès à des moyens modernes de contraception. Toutefois, le texte, mettant en évidence la maternité, n’aborde pas de front les questions relatives à l’avortement. Faut-il y percevoir un ton diplomatique visant à rallier les pays de culture patriarcale ou bien doit-on lire les intentions masquées d’une droite conservatrice désirant ultimement criminaliser l’avortement? Restons vigilantes.

La déclaration réaffirmant l’engagement de réaliser l’autonomie économique des femmes a tout pour séduire les ONG puisqu’elle propose entre autres d’agir sur la pauvreté des femmes, de permettre l’accès au microcrédit pour les femmes provenant de régions rurales, d’appliquer le principe d’équité salariale et l’égalité des chances en matière d’emploi, de donner accès au plein emploi, de corriger les stéréotypes qui contraignent les femmes dans certaines catégories d’emplois. Encore là, il faut s’interroger sur la prémisse de la déclaration qui propose ces mesures à l’aulne de la logique économique qui a mené la planète entière à la crise économique : le profit et la productivité.

Faut-il s’étonner alors que des chercheuses présentes à l’ONU et ralliées au groupe « The Casablanca Dreamers », créé en 2007, proposent de revoir la logique économique dominante à la lumière d’une analyse féministe et de nouveaux indicateurs de richesse?