FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Pour la nouvelle année, souhaitons-nous la santé…

Avez-vous remarqué combien nombreux étaient les souhaits, formulés à l’occasion de l’arrivée du nouvel an, contenant un petit bout de phrase semblable à celui-ci, comme un passage obligé de notre inconscient collectif : « …et surtout, je vous souhaite la santé parce que, sans elle, tout le reste est bien difficile à obtenir. »

On peut certainement s’attendre à ce que cette tendance se maintienne si l’on se fie aux événements des dernières semaines en ce qui a trait aux discussions en vue du renouvellement de l’Accord fédéral-provincial sur la santé en 2014.

Actuellement réunis à Victoria en Colombie-Britannique, les premiers ministres des provinces et territoires canadiens sont à la recherche d’une solution à la récente prise de position du gouvernement conservateur de Stephen Harper concernant l’avenir des transferts fédéraux en matière de santé et de services sociaux. Rappelons que le 19 décembre dernier, le gouvernement Harper décidait unilatéralement qu’à compter de 2017-2018, la progression des transferts fédéraux en santé serait subordonnée à l’évolution du produit intérieur brut, ne maintenant qu’une maigre garantie de 3 % par rapport aux  plus de 6 % actuellement requis.

Dans un rapport indépendant publié le 12 janvier, monsieur Kevin Page, directeur parlementaire du budget, vient confirmer que cette décision unilatérale d’Ottawa aura des conséquences dramatiques sur les finances des provinces, ramenant éventuellement la participation fédérale « aux creux historiques observés de 1996-1997 à 2001-2002 ». On se souviendra qu’à l’époque, dans le but de réduire son déficit, le gouvernement en place à Ottawa avait opté pour une réduction sans précédent de la part des frais qu’il assumait en santé. Cette obsession de l’atteinte du déficit zéro s’est étendue au Québec avec les conséquences que l’on sait : coupes aveugles et mesures improvisées, fermetures d’hôpitaux et mises à la retraite massives, détérioration des conditions de travail et démobilisation des personnes œuvrant dans le réseau de la santé…

Si Ottawa maintient sa décision, à quelle réaction peut-on s’attendre cette fois-ci de la part des premiers ministres des provinces alors qu’on parle déjà une éventuelle division entre eux, selon qu’ils proviennent de l’Ouest ou de l’Est du pays. Par exemple, face au désengagement de la droite conservatrice canadienne, feront-ils le choix de suppléer au manque à gagner en réclamant des points d’impôts? Ou encore, les tenants d’une présence encore plus grande du privé en santé en profiteront-ils plutôt pour réclamer que le fédéral réduise d’autant les exigences contenues à la Loi canadienne sur la santé?

Il est maintenant clair que le gouvernement fédéral vise à se retirer graduellement du domaine de la santé, Stephen Harper semblant juger que les besoins de la population seront mieux servis par l’acquisition de nouveaux avions militaires, les F-35, les plus coûteux de l’histoire.

En imposant un mode de financement sans égard aux véritables besoins de la population et voué à réduire à peau de chagrin les transferts fédéraux en santé, les conservateurs forceront les provinces à faire des choix qui seront cruciaux.

Officiellement, Stephen Harper affirme qu’Ottawa n’a pas à s’immiscer dans ce qui devrait être un champ de compétences exclusivement réservé aux provinces. Comprenons qu’il ne s’agit-là que d’un prétexte masquant ses véritables intentions. La vérité, c’est que Stephen Harper ne sera pas au premier plan lorsque viendra le temps de se porter à la défense des principes énoncés dans la Loi canadienne sur la santé.

La table sera bientôt mise et des places y sont déjà réservées pour le privé. La « contribution » santé et autres tickets modérateurs risquent de devenir la norme, faute de volonté politique de préserver ce qui, ces dernières années, fut souvent décrit comme étant la réalisation canadienne la plus significative du 20e siècle.

C’est à suivre…