FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Il n’y a pas de quoi être rassurées

Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à lire ce billet de Damien Contandriopoulos, chercheur de l’Université de Montréal. Ce dernier y dépeint une situation pour le moins inquiétante. Rappelons pour la petite histoire que ce chercheur a mené plusieurs études sur la pratique infirmière, dont celles relatives à l’évaluation de la clinique SABSA.

Or, il s’avère que jusqu’à tout récemment, monsieur Contandriopoulos participait également à un comité ayant pour mandat de se pencher sur le lien entre le mode de rémunération des médecins et la performance du système de santé. Ce comité n’aura jamais l’occasion d’effectuer son mandat puisque le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE), qui avait mis sur pied ce comité, vient tout juste d’être aboli par le ministre Barrette.

Ce qui est inquiétant, c’est que dans la foulée de cette abolition est survenue, de façon impromptue, une demande d’accès à l’information qui a mis à jour des correspondances entre les deux fédérations de médecins (FMSQ et FMOQ) et plusieurs personnes influentes du réseau de la santé ainsi que du milieu de la recherche. Ces échanges avaient pour objectif de discréditer le chercheur et de l’écarter du comité en question. Ce qui fait particulièrement peur dans tout ça, ce sont les arguments employés pour justifier cette démarche. On y cite notamment le fait que le chercheur ait publié un article dont les conclusions déplaisaient aux deux fédérations.

Visiblement, les concepts d’indépendance de la recherche et de rigueur scientifiques semblent échapper à certains. On se serait attendu à mieux de la part de médecins censés être au fait des pratiques scientifiques.

Cela n’est pas sans me rappeler les méthodes de l’ancien gouvernement de Stephen Harper qui bâillonnait les scientifiques en leur coupant leur financement et en leur interdisant de s’exprimer publiquement. Comme l’a souligné Antoine Robitaille dans son éditorial du 26 avril dernier, en référence à une autre décision nébuleuse de Gaétan Barrette, le gouvernement de Philippe Couillard semble présentement faire totalement fi de l’un des principes cardinaux censés guider sa gouvernance : la transparence.

Comment ne pas associer à une certaine forme de muselage scientifique la décision idéologique du ministre Barrette d’abolir le CSBE et par le fait même, de stopper les travaux du comité sur la rémunération des médecins? Et comment ne pas non plus faire un rapprochement entre cet événement et le rejet sans appel du rapport SABSA par le ministre Barrette, un rapport auquel a participé Damien Contandriopoulos et qui faisait la démonstration de l’utilité des cliniques administrées par des professionnelles en soins?