FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Le malaise des super-cliniques

Le malaise des super-cliniques

L’organisation des soins de première ligne au Québec continue de faire couler beaucoup d’encre, dont la publication récente de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), et de questions à l’Assemblée nationale. Dans les dernières semaines, c’est le parti pris du ministre de la Santé du Québec pour ses super-cliniques et le malaise généralisé qui en découle que nous avons mis en évidence.

Ce malaise est d’abord causé par les ententes secrètes. N’étant pas capable de livrer son engagement d’ouvrir 50 super-cliniques, Gaétan Barrette a encore choisi de pactiser avec les médecins entrepreneurs. En plus de retirer l’obligation aux super-cliniques d’être ouvertes 84 heures par semaine, le ministre permettra aux médecins d’engager eux-mêmes les professionnelles en soins en dehors des CISSS et des CIUSSS. Sans aucune consultation, des sommes d’argent dévolues aux services publics serviront maintenant à subventionner des entrepreneurs privés propriétaires d’organismes à but lucratif, privant du même coup des professionnelles en soins d’opportunités d’emploi. Comment ne pas être troublée devant cette ixième tentative de privatisation de la première ligne?

Ensuite, il y a des professionnelles en soins qui seront en premier lieu au service des profits d’une entreprise plutôt qu’à celui de la population. Ce n’est pas banal, surtout pour l’infirmière qui devra jongler avec les intérêts financiers de son patron, la prestation de soins sécuritaires et son autonomie professionnelle. Dans le réseau public, une professionnelle en soins qui voit des éléments qui contreviennent à son code de déontologie peut compter sur des leviers qui lui permettent de faire des représentations pour que ces éléments soient corrigés. Comment une infirmière embauchée par un médecin entrepreneur dans une super-clinique va-t-elle trouver la latitude pour dénoncer des situations inacceptables?

Finalement, c’est deux poids deux mesures. Lorsque la FIQ a soutenu activement l’ouverture de la clinique SABSA à Québec, les professionnelles en soins associées devaient impérativement provenir du réseau public. C’était clair, ça ne pouvait pas être autrement en raison de la responsabilité populationnelle des établissements et ça faisait consensus pour tout le monde, même pour le ministre. Pourquoi quelques mois plus tard, lorsqu’il est question de ses super-cliniques avec ses collègues médecins, cette logique-là ne tient-elle plus?

Devant ce malaise grandissant, lorsque l’on a à cœur l’intérêt du système public de santé et de services sociaux, on n’a d’autre choix que de parler haut et fort pour dénoncer ces attaques répétées et ces incohérences.