FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Journée internationale des droits des femmes : un rendez-vous féministe avec l’histoire

Journée internationale des droits des femmes : un rendez-vous féministe avec l’histoire

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ est la plus grande organisation syndicale professionnelle de femmes en Amérique du Nord. Ses membres sont des spécialistes des sciences de la santé et elles œuvrent chaque jour pour le mieux-être de la population québécoise, la prévention, la santé publique et communautaire et la réduction des inégalités sociales. Elles sont membres d’ordres et d’associations professionnels, ce qui leur confèrent un haut niveau de responsabilité envers leurs patient-e-s et la population, notamment celui de protéger leurs droits et leur intégrité physique et psychologique.

On confie à ces femmes qui travaillent dans le réseau public de la santé nos vies et celles de nos proches.

Dévalorisation chronique

Pourtant, la structure salariale actuelle des emplois de soins accuse un cruel retard causé par une dévalorisation chronique de la profession traditionnellement féminine. Il est clair que le type de savoirs cliniques et techniques des professionnelles en soins se compare avantageusement à des professions masculines. Toutefois, l’écart salarial perdure et pénalise économiquement les femmes. Malgré toutes les données probantes que nous possédons, cela prouve que la sous-évaluation de la nature des professions de soins est toujours marquée par une vision très masculine de l’économie, qui ne reconnaît pas la réelle valeur économique des soins et services de santé offerts par les femmes.

Le déséquilibre important entre la rémunération des professionnelles en soins québécoises et celles des autres provinces canadiennes perdure, lui aussi. Ne pas redresser la barre contribue à miner l’importance de la profession dans la société québécoise par rapport aux autres professionnelles en soins ailleurs au pays.

Après des décennies de choix politiques qui ont précarisé les services publics et les centaines de milliers de femmes qui y travaillent, les conséquences sont brutales. La perte du pouvoir d’achat, qui découle d’années de compressions budgétaires dont les professionnelles en soins ont tristement fait les frais, envoie aussi un très mauvais signal à la jeune génération que l’on tente d’attirer dans le réseau de santé public.

C’est un enjeu réel pour les années à venir au Québec alors que la population est vieillissante. Une province qui favorise l’essor de ses effectifs de professionnelles en soins sera en mesure d’assurer son importante mission de prendre soins de sa population malgré le vieillissement démographique accélérée de celle-ci.

Dans le contexte mondial actuel, l’absence de vision pour assurer la rétention des effectifs infirmiers et le recrutement d’une nouvelle génération de professionnelles en soins en nombre suffisant nous rend particulièrement vulnérables et peu résilient en temps de crise.

Corriger les incohérences

Ce que les professionnelles en soins demandent, c’est que le gouvernement corrige pour de bon les iniquités qu’elles subissent.

Malgré l’adoption de la Loi sur l’équité salariale en 1996, la juste rémunération des professionnelles en soins est une question qui reste toujours en suspens. Les dernières offres salariales patronales déposées en mai ne sont pas suffisantes pour compenser entre autres le rattrapage salarial, la nécessité de valoriser la profession et la discrimination salariale dont les femmes des secteurs à prédominance féminine sont les cibles. L’une des façons de reconnaître la valeur économique du travail dans notre société est de fixer le salaire en conséquence.

Par ailleurs, par le biais des agences privées, le réseau de la santé finance déjà de meilleurs salaires. Les gestionnaires du réseau qui ont recours à la main-d’œuvre indépendante financent les profits des agences privées et une disparité de traitement entre les professionnelles en soins et celles qui transigent via des agences. Ces dernières peuvent bénéficier de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires et des avantages immédiats comme le remboursement de leur permis de travail. Cette absurdité doit être corrigée. Malgré les interventions répétées de la FIQ, les outils législatifs et le pouvoir dont il dispose, le gouvernement tarde à s’attaquer à cette incohérence et continue de financer le privé au lieu de mieux rémunérer à sa propre main-d’œuvre.

La dernière année a montré hors de tout doute qu’il est indispensable que la société québécoise soit mieux préparée à affronter les crises. En ce sens, la reconnaissance de la valeur stratégique du travail des professionnelles en soins ainsi que les effets positifs d’une meilleure rémunération sur la rétention de la main-d’œuvre et la réduction des inégalités entre les sexes sont des remparts pour préserver notre système de santé et l’économie. Le gouvernement ne peut plus ignorer la contribution des femmes du secteur de la santé, il en va de sa crédibilité.

Un an après le début de la pandémie et la fin de la convention collective nationale, le premier ministre a un rendez-vous qu’il ne peut manquer avec les dizaines de milliers de femmes professionnelles en soins du réseau de la santé et des services sociaux.

Écoutons les femmes, écoutons les professionnelles en soins !

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ