janvier 2012

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La semaine dernière encore, les conditions réservées aux personnes âgées en perte d’autonomie ont fait les manchettes à deux reprises. Deux nouveaux exemples des conséquences directes de la déshumanisation des soins qu’a entraînée le délestage par l’État de ses responsabilités envers une catégorie de citoyens parmi les plus démunis.

Le premier cas concerne la publication d’un rapport de la Protectrice du citoyen sur les événements ayant contribué à la mort prématurée de dix-huit personnes âgées au Centre multivocationnel Claude-David. Une catastrophe qui a été annoncée et qui aurait pu, qui aurait dû être évitée.

Le lendemain, c’est d’une résidence privée pour personnes âgées qui a pu opérer clandestinement pendant un an dont il s’agit. Directement sous le nez de l’agence de la santé de Montréal. Encore une fois, pas de surprise. Les règles et ressources entourant le processus de certification des résidences privées pour ainés sont nettement insuffisantes pour assurer la sécurité et des conditions de vie adéquates aux personnes qui y sont hébergées.

Si, demain matin, un autre viaduc s’effondrait, entraînant la mort d’une dizaine de personnes, c’est tout le Québec, classe politique incluse, qui s’indignerait, se mobiliserait et exigerait une action immédiate, et avec raison.

Si plus de gens savaient à quoi ressemble le quotidien de ces ainés, peut-être les choses changeraient-elles plus rapidement…

La personne âgée dont l’état de santé requiert une présence et des soins qui ne peuvent plus être assurés à domicile, se retrouve en CHSLD ou dans une ressource intermédiaire privée sans l’avoir choisi et, sauf exception, sans espoir de réintégrer un jour son logis. Du jour au lendemain, on s’attend d’elle qu’elle apprivoise un environnement qui lui est étranger, qu’elle ouvre son intimité à des personnes qu’elle n’a jamais rencontrées auparavant. Elle doit s’adapter au système.

Pour le personnel, le temps presse et les gestes doivent se succéder à un rythme accéléré, se concentrant sur l’essentiel. Pas de temps pour le patient qui souffre de solitude et qui cherche du regard quelqu’un avec qui discuter quelques minutes. Pas de temps non plus pour aider cette autre patiente à se vêtir seule car, malgré son souhait, ce serait trop long. On l’habille rapidement, performance exige…

Et si par hasard la direction considère qu’une unité de soins n’est pas suffisamment performante, des coupures sont effectuées parmi le personnel afin d’atteindre la cible d’économies fixée. Une cible qui n’est pas déterminée par la direction des soins infirmiers, responsable en théorie de la qualité des soins dispensés. On cherchera plutôt, et par tous les moyens, à ce que les soins dispensés correspondent aux ressources déterminées en fonction de nombres inscrits aux cellules d’un tableau Excel.

Pour le ministère de la Santé et des Services sociaux, ce délestage de responsabilités à l’égard de nos personnes âgées est une affaire qui se règle par contrat, une bonne affaire, à bon prix.

Mais tôt ou tard, il faudra bien que quelqu’un accepte de regarder les choses telles qu’elles sont. Le MSSS ne peut continuer à caser les personnes âgées dans des milieux de soins ou d’hébergements qui ne peuvent ou ne veulent en prendre soin avec tous les égards, l’attention et l’humanité auxquels elles ont droit. Le MSSS ne peut s’attendre des professionnelles en soins qu’elles traitent des personnes humaines comme s’il s’agissait de vulgaires pièces mécaniques sur une chaîne de montage.

Les professionnelles en soins qui ont fait le choix d’exercer auprès des personnes âgées adorent leur travail, mais réalisent que la profession est de plus en plus pénible à exercer dans ces conditions. Elles ne peuvent ni ne veulent fermer les yeux : leurs patients pourraient mieux vivre.

En attendant, infirmières auxiliaires, infirmières et inhalothérapeutes font l’impossible avec les moyens qui leurs sont alloués pour conserver un visage humain à un système qui l’est de moins en moins.

Il faut que ça change et vite.

Avez-vous remarqué combien nombreux étaient les souhaits, formulés à l’occasion de l’arrivée du nouvel an, contenant un petit bout de phrase semblable à celui-ci, comme un passage obligé de notre inconscient collectif : « …et surtout, je vous souhaite la santé parce que, sans elle, tout le reste est bien difficile à obtenir. »

On peut certainement s’attendre à ce que cette tendance se maintienne si l’on se fie aux événements des dernières semaines en ce qui a trait aux discussions en vue du renouvellement de « l’Accord » fédéral-provincial sur la santé en 2014.

Actuellement réunis à Victoria en Colombie-Britannique, les premiers ministres des provinces et territoires canadiens sont à la recherche d’une solution à la récente prise de position du gouvernement conservateur de Stephen Harper concernant l’avenir des transferts fédéraux en matière de santé et de services sociaux. Rappelons que le 19 décembre dernier, le gouvernement Harper décidait unilatéralement qu’à compter de 2017-2018, la progression des transferts fédéraux en santé serait subordonnée à l’évolution du produit intérieur brut, ne maintenant qu’une maigre garantie de 3 % par rapport aux plus de 6 % actuellement requis.

Dans un rapport indépendant publié le 12 janvier, monsieur Kevin Page, directeur parlementaire du budget, vient confirmer que cette décision unilatérale d’Ottawa aura des conséquences dramatiques sur les finances des provinces, ramenant éventuellement la participation fédérale « aux creux historiques observés de 1996-1997 à 2001-2002 ». On se souviendra qu’à l’époque, dans le but de réduire son déficit, le gouvernement en place à Ottawa avait opté pour une réduction sans précédent de la part des frais qu’il assumait en santé. Cette obsession de l’atteinte du déficit zéro s’est étendue au Québec avec les conséquences que l’on sait : coupes aveugles et mesures improvisées, fermetures d’hôpitaux et mises à la retraite massives, détérioration des conditions de travail et démobilisation des personnes œuvrant dans le réseau de la santé…

Si Ottawa maintient sa décision, à quelle réaction peut-on s’attendre cette fois-ci de la part des premiers ministres des provinces alors qu’on parle déjà une éventuelle division entre eux, selon qu’ils proviennent de l’Ouest ou de l’Est du pays. Par exemple, face au désengagement de la droite conservatrice canadienne, feront-ils le choix de suppléer au manque à gagner en réclamant des points d’impôts? Ou encore, les tenants d’une présence encore plus grande du privé en santé en profiteront-ils plutôt pour réclamer que le fédéral réduise d’autant les exigences contenues à la Loi canadienne sur la santé?
Il est maintenant clair que le gouvernement fédéral vise à se retirer graduellement du domaine de la santé, Stephen Harper semblant juger que les besoins de la population seront mieux servis par l’acquisition de nouveaux avions militaires, les F-35, les plus coûteux de l’histoire.

En imposant un mode de financement sans égard aux véritables besoins de la population et voué à réduire à peau de chagrin les transferts fédéraux en santé, les conservateurs forceront les provinces à faire des choix qui seront cruciaux.

Officiellement, Stephen Harper affirme qu’Ottawa n’a pas à s’immiscer dans ce qui devrait être un champ de compétences exclusivement réservé aux provinces. Comprenons qu’il ne s’agit-là que d’un prétexte masquant ses véritables intentions. La vérité, c’est que Stephen Harper ne sera pas au premier plan lorsque viendra le temps de se porter à la défense des principes énoncés dans la Loi canadienne sur la santé.

La table sera bientôt mise et des places y sont déjà réservées pour le privé. La « contribution » santé et autres tickets modérateurs risquent de devenir la norme, faute de volonté politique de préserver ce qui, ces dernières années, fut souvent décrit comme étant la réalisation canadienne la plus significative du 20e siècle.

C’est à suivre…