FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Santé physique et psychologique en contexte de pandémie

La FIQ profite de la Semaine SST 2020 pour mettre au premier plan la prévention en matière de santé physique et psychologique, plus particulièrement en contexte de pandémie.

L’actuelle pandémie met en lumière l’importance de la prévention dans le réseau de la santé et les défis auxquels les différent-e-s professionnel-le-s sont confronté-e-s. Plusieurs constats ont été formulés à la suite de la première vague et il apparaît maintenant indispensable d’aller plus loin et de développer, toutes et tous ensemble, une véritable culture de la prévention. Beaucoup d’outils et de recommandations ont déjà été élaborés, il suffit donc de les mettre en application! Agissons maintenant pour de meilleurs lendemains!

Santé physique

Sans surprise, la crise sanitaire des derniers mois a exacerbé les risques en matière de santé physique déjà bien présents dans les milieux de travail des professionnelles en soins. Au premier plan, il y a bien sûr les risques biologiques entraînés par la présence de la COVID-19 dans les milieux de travail.

La pandémie a détérioré le contexte de soins dans lequel travaillent nos professionnelles en soins, déjà difficile avant la déclaration d’urgence sanitaire, et accrue la surcharge de travail qui leur est imposée. Pour plusieurs d’entre elles, le choc pandémique a engendré des changements à leur environnement et à leur organisation du travail.

Ces changements, imposés à coups d’arrêtés ministériels et implantés dans l’urgence et la confusion, ont fragilisé les mécanismes de défense personnels et organisationnels permettant de diminuer les risques liés à la santé et à la sécurité au travail. Le risque biologique engendré par la présence de la COVID-19 dans nos milieux de travail a à son tour entraîné des risques physiques et ergonomiques. À l’heure actuelle, l’accès limité à l’information et le manque de données nous empêchent de dresser un bilan complet de la situation.

Le risque biologique

Revendiquer et exiger les meilleures protections

Le manque de matériel de protection et le manque d’information et de communication sur sa disponibilité ont été au cœur des préoccupations des professionnelles en soins. Cet enjeu a semé le doute et la confusion quant à la capacité des professionnelles en soins à travailler d’une façon sécuritaire pour elles et pour leurs patients. Ceci a miné la crédibilité des autorités et la confiance envers celles-ci.

Dès le début de la pandémie, la FIQ a alerté le gouvernement sur les risques liés à une mauvaise protection des professionnelles en soins. Dès le départ, elle a exigé d’organiser la capacité de production nationale du matériel de protection selon le principe de précaution afin que les problèmes d’approvisionnement se règlent rapidement. La FIQ et ses syndicats ont participé à mettre en pratique les recommandations de la Santé publique tout en mettant l’accent sur les bonnes pratiques en matière de prévention et de contrôle des infections (PCI). Par ailleurs, la FIQ a prévenu que la pénurie des équipements de protection individuelle (ÉPI) ne peut jamais justifier une diminution de la protection des professionnelles en soins.

Pour la FIQ, la COVID-19 reste une maladie infectieuse émergente. La recherche scientifique n’est toujours pas concluante et le principe de précaution devrait toujours s’appliquer.

En début juin 2020, 239 chercheurs et scientifiques de divers pays ont alerté les décideurs sur l’évolution de la recherche et sur l’importance de ne pas conclure hâtivement sur les caractéristiques épidémiologiques du virus et de la maladie, notamment sur la possibilité de transmission aérienne.

Dans le contexte où les médias rapportent que près de 25 % des personnes contaminées au Québec sont des travailleur-euse-s de la santé, la FIQ réitère que les mesures communiquées par le MSSS et par les autorités sanitaires devraient être considérées comme étant des mesures minimales à respecter.

Équipement de protection individuelle

Pour la Fédération et ses affiliées, les établissements devraient mettre en place les mesures suivantes en matière de protection et contrôle des infections afin d’assurer une protection maximale des professionnelles en soins sur le terrain.

Mesures de protection à appliquer

⦁ Pour toute intervention médicale générant des aérosols (IMGA), utiliser un appareil de protection respiratoire (APR) à épuration d’air motorisé ou un masque N95 et un équipement de protection pour tout le corps.
⦁ Pour tous les autres cas de patient-e-s suspecté-e-s ou confirmé-e-s, appliquer la protection aérienne/contact avec masque N95 équivalent ou supérieur partout où cela est possible.
⦁ La FIQ ne recommande pas la réutilisation de masques, l’utilisation de masques expirés, ni l’utilisation de masques jetables à usage unique désinfectés.

Liste de vérification

⦁ APR filtrant contre les particules.
⦁ Protection oculaire à usage unique (écran facial ou lunettes protectrices).
⦁ Blouse à manches longues non stériles à usage unique et jetable.
⦁ Gants non stériles à usage unique.

Pratiques de base universelles applicables à la COVID-19

L’application systématique des pratiques de base à l’égard de tout-e patient-e est la règle pour prévenir la transmission des infections. La FIQ conseille de suivre les pratiques suivantes dans le contexte de la pandémie de COVID-19 :

Information concernant l’ÉPI

⦁ APR : doit avoir fait l’objet d’un test d’utilisation (fit test) et doit être bien ajusté.
⦁ Protection oculaire : les lunettes de prescription ne sont pas considérées comme une protection adéquate. Elles peuvent être utilisées pour la durée complète d’une journée de travail, sous réserve du jugement clinique de la professionnelle en soins quant à la possible contamination de la protection oculaire.
⦁ Blouse : prévoir une blouse imperméable s’il y a un risque de contact avec des liquides biologiques (par ex. : vomissements, cas sévères.). Il est conseillé de changer de blouse entre chaque patient-e.
⦁ Gants : s’assurer qu’ils sont bien ajustés et qu’ils recouvrent les poignets.
⦁ S’abstenir de se toucher les yeux, le nez ou la bouche avec des mains potentiellement contaminées.
⦁ Retirer systématiquement la blouse et les gants à la sortie de la salle d’examen.
⦁ Pratiquer les gestes d’hygiène des mains avant d’avoir enfilé l’ÉPI et après en avoir disposé selon la procédure de PCI. Il est important de bien retirer le matériel de protection de façon à éviter de se contaminer puis se laver les mains et bien les sécher (l’environnement humide peut être un facteur de contamination).
⦁ Utiliser des instruments jetables ou, si cela n’est pas possible, nettoyer et désinfecter le matériel entre chaque patient-e.
⦁ Disposer des ÉPI selon la procédure de PCI.
⦁ Dans la mesure du possible, les soins doivent être pratiqués dans des chambres individuelles fermées à pression négative ou fermées et convenablement ventilées avec antichambre.

Lavage des mains

Il s’agit de la mesure la plus importante visant à prévenir la propagation de l’infection. La FIQ conseille de se laver les mains :Avant et après tout contact avec un-e patient-e.

⦁ Après tout contact avec du sang, des liquides biologiques, des sécrétions, des excrétions, des surfaces, des objets et du matériel contaminés ou souillés.
⦁ Entre les interventions auprès d’un-e même patient-e.
⦁ Tout de suite après avoir retirée des gants.
⦁ Après s’être mouchée ou être allée aux toilettes.
⦁ Durée du lavage : de 15 à 30 secondes.

Articles de soins

Matériel
⦁ Désinfecter ou stériliser entre chaque patient-e le matériel réutilisable.
⦁ Se référer à la politique de gestion des déchets en vigueur dans l’établissement pour le matériel à usage unique non piquant et non tranchant.

Literie
⦁ Manipuler la literie souillée sans mouvement brusque pour éviter la dispersion des particules.
⦁ Déposer dans un sac étanche.
⦁ Glisser le sac dans un deuxième sac en cas de fuite de liquide.

Entretien ménager

⦁ Veiller à l’entretien quotidien de la chambre (mobilier, salle de toilette et plancher) avec utilisation d’un virocide.
⦁ Procéder à l’entretien de la chambre dès le départ du-de la patient-e.
⦁ S’assurer de la désinfection de la chambre selon la procédure établie.

Port de l’uniforme et responsabilité

Des gestes aussi simples que de mettre et enlever un sarrau, un uniforme et des souliers sur son lieu de travail peuvent avoir un impact important en matière de prévention de la transmission de la COVID-19.

Assurez-vous que :
⦁ Vos vêtements de travail soient portés uniquement sur les lieux de travail. Cela signifie de les changer à votre arrivée et à votre départ dans les vestiaires mis à votre disposition par votre employeur et repartir avec vos vêtements civils.
⦁ Vous changez quotidiennement de vêtements de travail.
⦁ Vos vêtements de travail fassent l’objet d’un entretien régulier et adéquat.

 

L’équipe de PCI

Lors de l’éclosion du Clostridium difficile (C. difficile) en 2004, le Comité sur les infections nosocomiales du Québec recommandait une norme ratios permettant d’assurer une intervention efficace en matière de PCI.

Les infirmières cliniciennes spécialisées en PCI sont les ressources expertes en PCI en dehors du corps médical. La FIQ souhaite que la pandémie actuelle serve d’électrochoc afin que les ratios d’infirmières spécialisées en PCI soient implantés dans tous les milieux de soins.

L’action syndicale en PCI

Les professionnelles en soins ont droit à des conditions de travail qui respectent leur santé et leur sécurité, et qui les protègent contre les dangers liés aux substances biologiques. L’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer cette protection.

Pour sa part, le syndicat est un acteur important en PCI puisque son rôle est, entre autres, de voir à la défense des droits de ses membres, à l’amélioration de leurs conditions de travail et à la protection de leur santé. Si vous êtes témoin d’un problème lié à la PCI dans votre établissement, informez-en rapidement votre syndicat. Celuici pourra intervenir auprès de l’employeur afin d’apporter des correctifs.

Environnement et organisation du travail

À partir du mois d’avril 2020, les autorités sanitaires ont commencé à mettre en place des structures médicales complètes entièrement dédiées à la COVID-19 de façon à séparer les patients COVID-19 des autres.

L’idée derrière cette organisation des soins était, d’une part, de prendre en charge des patient-e-s atteint-e-s de la COVID19 en circuit fermé, c’est-à-dire sans qu’il y ait d’échanges de patient-e-s ou de personnel entre les zones d’éclosion et les zones non contaminées. D’autre part, cette organisation du travail visait à ce que les établissements de santé ne deviennent pas des lieux de propagation. Il s’agit d’une méthode d’organisation des soins efficiente, conçue de façon à ce que l’ensemble des éléments du plan soient appliqués de façon complémentaire.

Assurez-vous que l’organisation des soins permette un corridor sanitaire des soins. Soyez vigilantes et demandez à ce que des soins en circuit fermé soient appliqués. Entre autres, exigez :

⦁ Que les patient-e-s infecté-e-s ou suspecté-e-s soient isolé-e-s des autres patient-e-s en zones chaudes, intermédiaires, froides ou par bulle.
⦁ Que votre équipe de travail soit stable et composée de collègues dédiées à une clientèle spécifique pour une même période de 24 heures.

Un aide-mémoire pour votre pratique en contexte de COVID-19

La FIQ a dressé un aide-mémoire qui vise à vous donner des informations utiles sur la pratique en contexte de COVID-19 notamment si l’on vous demande de pratiquer dans un nouveau centre d’activité (incluant dans une unité modulaire hors établissement).

Risques physiques

La violence

Une autre conséquence de l’augmentation des risques physiques due à la COVID-19 est la hausse de la violence en milieu de travail. La violence au travail est intrinsèquement liée à la surcharge de travail et aux risques psychosociaux. Comme le rapporte l’Institut national de santé publique du Québec, des enquêtes ont démontré une hausse de la violence faite aux femmes en période de crise ou d’urgence sanitaire dans la société en général. Des études tendent également à établir un lien entre le contexte de pandémie et une hausse de la violence conjugale.

La hausse des facteurs de risque liés à la violence dans la société trouve son correspondant dans les milieux de travail. L’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales a d’ailleurs produit un aide-mémoire intitulé COVID19
– Intervenir en situation de violence afin de préparer les travailleuses de la santé aux situations
où un-e usager-ère, par son comportement violent ou menaçant, présente un danger pour sa sécurité ou celle des autres. Quant à elle, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur Administration provinciale a également produit un document rappelant aux employeurs les bonnes pratiques de prévention de la violence dans le cadre du service à la clientèle.

La violence en milieu de travail revêt une dimension multifactorielle. Elle ne peut se résumer au seul lien entre les salariées et les usagers-ères. C’est d’ailleurs ce que conclut le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes dans un rapport intitulé Violence subie par les travailleurs de la santé au Canada publié en juin 2019. Reprenant les propos de Madame Margaret Keith, le Comité écrit :

« La culture du silence entourant la question de la violence est un obstacle majeur à la reconnaissance de son existence et, par conséquent, au fait d’y répondre; toutefois, même si le public a été tenu dans l’ignorance à propos de cette question, ce n’est pas un problème qui est inconnu au sein du milieu des soins de santé. »

Si vous êtes victime d’agression ou de violence au travail

⦁ Aviser votre supérieur immédiat.
⦁ Remplissez un formulaire d’incident/accident AH-223.
⦁ Prenez contact avec votre équipe syndicale.
⦁ Remplissez un formulaire d’accident de travail même s’il n’y a aucune lésion apparente.
⦁ Contactez votre médecin de famille.

Liste de ressources pour obtenir de l’aide ou du soutien

Organismes intervenant auprès des victimes d’agressions et de violence conjugale

Santé psychologique

En plein cœur de la pandémie, le ministère de la Santé et des Services sociaux interpellait l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) afin d’obtenir une réponse rapide quant aux mesures à mettre en place pour contrer les effets néfastes de la pandémie sur la santé mentale du personnel du réseau. Parmi les constats de l’INESSS, mentionnons les inquiétudes et les craintes du personnel en lien avec le contexte de pandémie, la détresse psychologique et les problèmes de santé mentale.

Voici quelques éléments tirés du document de l’INESSS :

Quelles sont les inquiétudes qui pourraient être vécues par les professionnelles en soins?
  • Des inquiétudes par rapport à leurs capacités physiques et mentales.
  • Des inquiétudes en lien avec la santé de leurs proches et les risques de contagion.
  • Des craintes de contracter la maladie ou de mourir.
Quels sont les problèmes de santé mentale en contexte de pandémie?
  • La fatigue et le stress.
  • L’aggravation des problèmes préexistants de santé physique ou mentale.
  • L’augmentation de la consommation d’alcool et d’autres substances psychoactives.
  • La souffrance morale et la détresse psychologique en lien avec les décisions cliniques de priorisation d’accès aux soins.
  • Les perturbations du sommeil, de la concentration et de l’appétit.
  • L’anxiété et la dépression.
  • L’état de stress post-traumatique.

Certaines d’entre vous sont possiblement plus à risques d’expérimenter de la détresse psychologique ou des problèmes de santé mentale, notamment en raison de caractéristiques personnelles ou familiales :

  • Si vous ressentez de la pression de la part de vos proches pour quitter la profession.
  • Si vous avez de la difficulté à concilier les exigences professionnelles et familiales.
  • S’il y a des membres de votre famille qui sont atteints de la COVID-19, suspectés de l’être ou gravement malades.
  • Si vous avez vécu un deuil récemment.
  • Si vous avez une maladie chronique ou des antécédents de troubles mentaux.

De plus, le personnel de la santé serait davantage susceptible d’expérimenter de la détresse psychologique ou des problèmes de santé mentale, notamment en raison de certaines particularités propres à ce secteur d’activité :

  • Le personnel ayant une exposition directe aux souffrances des personnes atteintes et qui doit composer avec de l’anxiété ou avec les inquiétudes des usager-ère-s.
  • Celui travaillant dans des milieux à haut risque.
  • Celui travaillant dans un épicentre géographique.

Effets néfastes sur la santé

Avant la pandémie, être exposée à un ou à plusieurs risques psychosociaux impliquait :

  • 1,4 à 4 fois plus de risques d’accidents de travail.
  • 2 fois plus de risques de détresse psychologique.
  • 1,5 à 4 fois plus de risques de troubles musculosquelettiques.
  • 2 à 2,5 fois plus de risques de maladie cardiovasculaire.
  • 1,5 fois plus de risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).

La prévention d’un seul cas de problème de santé mentale pourrait réduire les coûts :

  • Absentéisme : 18 000 $ (ou 65 jours ouvrables en moyenne).
  • Présentéisme : le coût est estimé à près de deux fois le coût de l’absentéisme.

Le présentéisme est un phénomène caractérisé par la présence des travailleur-euse-s à leur poste de travail, même s’ils ou elles ont des symptômes (ex. fatigue et difficultés de concentration) ou une maladie qui devraient les amener à s’absenter du travail et à se reposer. Pourquoi le présentéisme entraîne-t-il des coûts? Le présentéisme peut se traduire par des niveaux de productivité moins élevés et des risques d’erreurs, de bris ou d’accidents de travail.

Risques psychosociaux du travail

Les risques psychosociaux du travail sont définis comme des facteurs liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi et aux relations sociales, qui augmentent la probabilité d’engendrer des effets néfastes sur la santé physique et psychologique des personnes exposées (INSPQ, 2016).

  • Les principaux risques psychosociaux du travail reconnus dans la littérature scientifique sont :
  • La charge de travail
  • Le soutien social du supérieur et des collègues
  • L’autonomie décisionnelle
  • La reconnaissance
Comment agissent les facteurs de risques psychosociaux?

Dans son document sur les risques psychosociaux, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), un organisme scientifique français, explique que :

(…) selon les situations de travail, les facteurs de risques psychosociaux peuvent se compenser (par exemple exigences élevées, mais soutien social de bonne qualité) ou, au contraire, se renforcer (par exemple exigences élevées et absence de reconnaissance des efforts consentis). Différentes études démontrent qu’ils sont d’autant plus « toxiques » pour la santé quand :

  • Ils s’inscrivent dans la durée
    Les facteurs de risques psychosociaux durables peuvent en effet créer une étape de stress chronique qui représente un risque pour la santé.
  • Ils sont subits
    Les facteurs de risques psychosociaux subits sont vécus plus difficilement.
  • Ils sont nombreux
    L’accumulation des facteurs de risques est un élément aggravant.
  • Ils sont incompatibles
    La coexistence de certains facteurs « antagonistes » affecte particulièrement la santé, par exemple une forte exigence de productivité et de faibles marges de manœuvre.

Bien que l’INSPQ fasse référence à 4 principaux facteurs de risques psychosociaux, ce nombre n’est pas limitatif. Par exemple, la Norme nationale du Canada en santé et sécurité psychologique en milieu de travail réfère à 13 facteurs de risques psychosociaux. De son côté, dans sa publication intitulée « Santé psychologique – Êtes-vous en lieu sûr ? », la FIQ référait à 8 facteurs de protection psychosociaux plus représentatifs de la réalité de travail des professionnelles en soins.

Mesures de prévention à l’intention des employeurs

La Fédération souhaite profiter de la Semaine SST 2020 pour informer et outiller les professionnelles en soins. Par contre, puisque la santé et la sécurité du travail sont l’affaire de toutes et de tous, il apparaît tout indiqué de rappeler les recommandations de l’INSPQ à l’intention des employeurs concernant les risques psychosociaux en contexte de pandémie. À la lecture de ces recommandations, les professionnelles en soins pourront également vérifier si celles-ci sont bien appliquées par l’employeur dans leur environnement de travail.

Présence de facteurs de risques psychosociaux du travail

Voici quelques exemples de facteurs qui pourraient contribuer à l’apparition de risques psychosociaux chez les professionnelles en soins.

La charge de travail

En ce qui a trait à la charge de travailles, les professionnelles en soins sont-elles, par exemple, soumises à :

  • Une charge de travail plus lourde, de la pression pour récupérer le travail non fait.
  • De longues heures de travail (ex. absence de pauses, temps supplémentaire obligatoire).
  • Un manque de personnel.
  • Des mandats, des tâches ou des consignes de travail peu définis ou sujets à de nombreuses interprétations ou modifications.
  • Un manque d’outils nécessaires pour bien faire le travail (ex. équipements de protection individuels).
  • Un manque de formation pour les tâches qu’on leur demande d’exécuter dans un contexte de redéploiement des ressources.
  • Une plus grande complexité du travail liée au respect des consignes de protection (ex. distanciation, utilisation des équipements de protection individuelle).
  • Un sentiment de ne pas pouvoir faire un travail de qualité.
  • Des façons de faire qui heurtent leurs valeurs personnelles ou professionnelles.
  • Des traumatismes émotionnels (ex. décisions de soins déchirantes, décès de patient-e-s).
  • Des comportements inappropriés de la part de patient-e-s ou de leurs proches.
  • La peur d’être contaminées par la COVID-19 et de contaminer leurs proches.
  • La difficulté de concilier le travail et les responsabilités familiales et personnelles (ex. télétravail, garde des enfants).
Le soutien social des supérieurs

Le soutien social des supérieurs est-il actuellement marqué par :

  • Un manque de disponibilité pour fournir des informations utiles ou essentielles à l’exécution du travail.
  • Une réduction du temps d’échange et de partage (ex. absence de réunion d’équipe).
  • Une plus grande difficulté à clarifier les mandats et les rôles de chacun.
  • Peu d’écoute ou d’empathie quant aux préoccupations du personnel (ex. demande de congés, besoins d’aménagements du travail).
  • Des tensions, des conflits ou des marques d’incivilité qui ne sont pas gérés au sein des équipes de travail.
Le soutien social des collègues

Le soutien social des collègues est-il actuellement marqué par :

  • Une plus grande instabilité au sein des équipes de travail.
  • La réduction ou l’absence de réunion d’équipe.
  • Une plus grande distance entre la professionnelle en soins et les membres de son équipe.
  • Le manque d’occasions informelles pour se réunir, échanger, partager et s’entraider.
La reconnaissance

Pour ce qui est de la reconnaissance, la situation de travail actuelle est-elle caractérisée par :

  • Le manque de respect et d’estime à l’égard du personnel.
  • La difficulté à reconnaître adéquatement les efforts déployés par le personnel.
  • Le manque de reconnaissance des risques encourus par le personnel.
  • La présence d’iniquités ou de favoritisme entre des secteurs ou des personnes.
  • Des tensions liées à la rémunération en contexte de pandémie (ex. primes, bonifications salariales).
  • Une insécurité du personnel quant au maintien de son emploi et de ses conditions de travail.
L’autonomie décisionnelle

Du côté de l’autonomie décisionnelle, peut-on, par exemple, constater chez les professionnelles en soins :

  • Le manque d’occasions de participer à la prise de décisions qui les concernent.
  • Le manque d’occasions d’utiliser leurs compétences et d’en développer de nouvelles.
  • Le peu de possibilités de faire preuve de créativité et de prendre des initiatives.
Conditions organisationnelles

Certaines conditions organisationnelles affectent également le climat de travail et la santé mentale du personnel, dont le manque :

  • De cohésion des équipes.
  • De planification et d’organisation du travail.
  • De confiance envers les collègues
  • De préparation de l’établissement.
  • De formation et de matériel pour éviter la contagion.
  • De soutien psychologique.

Pistes d’action

Voici quelques exemples de pistes d’action dont les impacts positifs sur la santé du personnel sont largement reconnus. Chaque milieu pourra les adapter en fonction de sa réalité. Cette liste n’étant pas exhaustive, elle pourrait être bonifiée en fonction des risques psychosociaux spécifiques à chaque milieu de travail.

Faciliter les échanges entre les supérieurs immédiats et le personnel en instaurant des modalités de communication (ex. réunions d’équipe régulières, échanges électroniques)
  • Communiquer régulièrement et de façon transparente quant au travail à faire et aux modalités pour y parvenir.
  • Être à l’écoute des inquiétudes et des suggestions du personnel et y donner suite le plus rapidement possible.
  • Porter attention aux enjeux de conciliation travail-famille rencontrés par le personnel (ex. garde des enfants, télétravail).
Renforcer la culture de soutien et d’entraide au sein du milieu de travail
  • Donner l’exemple.
  • Encourager l’empathie et la bienveillance au sein des équipes de travail.
  • Tout en respectant les mesures de distanciation et en utilisant des outils technologiques, offrir des occasions permettant aux travailleur-euse-s d’être ensemble, de s’exprimer, de s’entraider et de réfléchir à des solutions aux défis rencontrés.
  • Porter attention aux conditions propices à l’émergence de harcèlement psychologique au travail (ex. conflits non gérés, incivilités) et instaurer, le plus tôt possible, les mesures nécessaires pour le prévenir et, le cas échéant, le faire cesser (voir, à ce sujet, la documentation de la CNESST).
  • Outiller/donner les moyens adéquats au personnel pour qu’il puisse bien faire son travail, de façon sécuritaire et satisfaisante (ex. outils de télétravail, équipement de protection individuel, procédures claires en cas de présence de symptômes).
  • Au besoin, offrir de la formation d’appoint pour acquérir minimalement les connaissances critiques pour réaliser le travail demandé.
  • Encourager le personnel à prendre la durée entière de la pause prévue à l’horaire.
  • Privilégier la reconnaissance au quotidien, valoriser les efforts consentis par chacun-e et porter un jugement positif sur le travail.
  • Consulter les employé-e-s sur les décisions qui concernent leur travail.
  • Miser sur la participation des personnes et des groupes et stimuler les initiatives.

Y a-t-il des risques dans votre milieu de travail?

Les différent-e-s acteurs et actrices du milieu de travail sont invité-e-s à répondre au court questionnaire suivant qui vise à sensibiliser aux mesures de prévention et aux contraintes organisationnelles pouvant porter atteinte à la santé.

Les réponses données amènent un premier éclairage sur des dimensions de l’organisation du travail et des pratiques de gestion qui devraient faire l’objet d’une évaluation de risque. Cette évaluation peut être réalisée à l’aide de la Grille d’identification de risques psychosociaux du travail développée par l’INSPQ.

Si vous êtes majoritairement en accord avec ces énoncés, c’est qu’il y a lieu d’évaluer la présence de risques psychosociaux au travail. Parlez-en avec la responsable SST de votre syndicat local.

Stratégies pour prendre soin de soi durant la pandémie

S’occuper de ses besoins essentiels

Les professionnelles en soins ont tendance à penser qu’elles doivent être disponibles pour les autres et que leurs propres besoins sont secondaires, sans tenir compte du fait qu’omettre de manger ou de se reposer provoque l’épuisement. Assurez-vous de manger, de boire et de dormir suffisamment. Dans le cas contraire, vous mettez en péril votre santé mentale et physique et, en bout de piste, cela compromet aussi la capacité à prendre soin des patient-e-s.

Planifier une routine en dehors du travail

Essayez de maintenir certaines de vos habitudes malgré les nouvelles restrictions qu’impose le contexte actuel. Explorez de façon créative d’autres options qui sont réalisables à la maison : des routines quotidiennes d’exercices, de soins corporels, de lecture, de communication avec vos proches, etc.

Respecter les différences

Certaines personnes ont besoin de parler alors que d’autres souhaitent plutôt être seules. Reconnaissez et respectez ces différences pour vos patient-e-s, pour vos collègues de travail et pour vous-mêmes.

Communiquer avec la famille et les êtres chers

Communiquez avec vos êtres chers, si possible. Ils sont votre soutien en dehors du réseau de la santé. Partagez votre expérience avec eux peut leur permettre de mieux vous soutenir. Se sentir utiles mutuellement est un facteur de protection.

Limiter l’exposition aux moyens de communication

Les images explicites et les messages préoccupants augmenteront votre stress et peuvent réduire votre efficacité et votre bien-être général. Protégez-vous psychologiquement en mettant des limites aux demandes qui peuvent surgir des groupes WhatsApp ou d’autres moyens numériques vous demandant de l’information ou des conseils personnels. Vous préserverez ainsi votre temps de repos et votre capacité à mener cette course d’endurance.

Ventiler ses émotions

La compétence professionnelle et la force ne sont pas incompatibles avec le sentiment de confusion, l’inquiétude, l’impression de perte de contrôle, la peur, la culpabilité, l’impuissance, la tristesse, l’irritabilité, la désensibilisation, l’instabilité, etc. Ces émotions sont précisément celles qui nous rendent humaines. Partager ses émotions avec quelqu’un qui nous inspire sécurité et confiance aide à les rendre plus tolérables et à pouvoir les réguler.

Appliquer des stratégies de régulation émotionnelles connues

Les techniques de respiration, de pleine conscience et l’exercice physique peuvent être utiles pour désamorcer des pensées, des émotions et des symptômes physiques négatifs.

Se reposer

Lorsque cela est possible, permettez-vous de faire des activités qui apportent du réconfort, qui sont amusantes ou relaxantes. Écouter de la musique, lire un livre ou parler à un-e ami-e peut aider. Certaines personnes peuvent se sentir coupables de ne pas travailler continuellement ou de prendre du temps pour relaxer alors que tant de gens souffrent. Toutefois, se reposer permet aussi de donner de meilleurs soins aux patient-e-s.

Échanger avec les collègues de travail

Parlez avec vos collègues de travail et donnez-vous du support mutuel. L’isolement dû à la pandémie peut entraîner de la peur et de l’anxiété. Racontez votre expérience et écoutez celle des autres.

Partager de l’information constructive

Communiquez avec vos collègues de façon claire et encourageante. Identifiez les erreurs ou les défaillances de façon constructive afin d’être en mesure de les corriger. Toutes et tous se complètent : les éloges peuvent être des motivateurs puissants et des réducteurs de stress. Partagez vos frustrations et vos solutions. La résolution de problèmes est une aptitude professionnelle qui fournit un sentiment d’accomplissement, même pour de petits incidents.

Garder ses connaissances à jour

Faites confiance à des sources d’information fiables. Participez à des réunions pour vous tenir informée de la situation et pour savoir ce qui est prévu.

Se permettre de demander de l’aide

Reconnaître nos signes de stress, demander de l’aide et apprendre à s’arrêter pour prendre soin de soi est un mode de régulation interne qui favorise la stabilité face à une situation de stress qui se maintient dans le temps.

Faire l’auto-observation des émotions et des sensations

Ressentir des émotions désagréables n’est pas une menace : il s’agit d’une réaction normale de défense de notre esprit face au danger. Toutefois, soyez vigilante afin d’éviter que des symptômes de dépression et d’anxiété se développent : tristesse prolongée, difficultés à dormir, souvenirs envahissants, désespoir. Parlez avec vos collègues, supérieurs ou cherchez de l’aide professionnelle, si nécessaire.

Se rappeler que ce n’est pas parce que c’est possible que ça va nécessairement se produire

Les professionnelles en soins sont continuellement exposées aux aspects les plus sombres de cette épidémie dramatique : la souffrance et la mort dans des conditions désolantes. Bien entendu, cela peut susciter une charge émotionnelle qui pousse à penser au pire. Il est toutefois important de ne pas perdre espoir et de se rappeler que plusieurs des personnes infectées manifestent des formes plus légères de la maladie.

Donner de la reconnaissance à son équipe

Rappelez-vous que, malgré les obstacles et les frustrations, vous accomplissez une grande mission : prodiguer des soins à celles et ceux qui sont dans le besoin. Manifestez donc de la reconnaissance à vos collègues, formellement ou informellement. Rappelez-vous que toutes les personnes qui travaillent actuellement dans les milieux de soins font leur possible et sont les véritables héroïnes pour la population.

Ressources disponibles