L'éditorial du Comité SST

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    Attention ça pique… Ça peut changer une vie!

    2013-05-06

    Au volant de mon véhicule, je commence la tournée de mes patients. Glycémie et insuline à 8 h 30 sur la dixième avenue. Il fait beau et chaud. J’aurais bien fait autre chose aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, je suis contente d’être une infirmière aux soins à domicile et de profiter un peu du soleil et de sa vitamine D.

    La glycémie de monsieur X est élevée, je dois lui administrer de l’insuline. Préparation, injection, puis en me relevant pour jeter l’aiguille souillée dans le récipient à cet effet, je perds soudainement l’équilibre et je me pique! Ah! Non, je saigne! Sainte Bénite, je me suis piquée! OK, pas de panique… Je me lave les mains et je fais saigner, il me semble que c’est ça que l’on m’a enseigné. Je souris au patient et lui dis que je viens accidentellement de me piquer, qu’une procédure doit alors être appliquée et qu’une personne devrait communiquer sous peu avec lui.

    Sitôt à l’extérieur du domicile, je communique avec mon chef de service afin qu’il m’informe de la procédure exacte à suivre. Au lieu de m’aviser du protocole postexposition et des délais de consultation devant être respectés, il s’enquiert du nombre de patient-e-s me restant à visiter et m’annonce qu’il n’a personne pour me remplacer. Il m’enjoint donc de terminer la tournée de mes cinq autres patients, ensuite de retourner au CLSC. Entretemps, il se charge de préparer les documents pour ma consultation postexposition.

    Finalement, ce n’est que quatre heures plus tard que j’ai pu consulter les responsables du programme postexposition, après avoir été tenue de faire au préalable le prélèvement sanguin auprès du patient impliqué dans cette mésaventure…

    Bien que tardive, cette consultation postexposition m’a fait réaliser à quel point je l’ai échappé belle. De fait, étant donné qu’un risque de transmission virale doit toujours être suspecté dans de telles circonstances, j’aurais dû consulter dans les deux heures qui suivent l’exposition accidentelle afin d’être évaluée et de recevoir le plus rapidement possible le traitement requis dont les effets prophylactiques diminuent dramatiquement d’heure en heure.

    Par surcroit, bien que je sois une représentante syndicale, je n’ai pas réagi, malgré les signaux de panique intérieurs.

    Comme professionnelle en soins, j’aurais dû connaitre le protocole applicable. Si je l’avais connu, j’aurais insisté auprès de mon employeur pour ne pas terminer ma tournée. De plus, je n’aurais pas dû, pour des raisons éthiques et légales, retourner au domicile du patient pour effectuer le prélèvement sanguin et remplir les formulaires. Quant à mon chef de service, il a manifestement manqué à son obligation de prendre les mesures nécessaires pour protéger ma santé.

    La seule chose que j’ai bien faite, c’est de m’être présentée pour la consultation postexposition, car, selon l’infirmière responsable de l’application de ce programme, plusieurs ne s’y rendent même pas… Trop de tracas!

    J’ai voulu partager avec vous cet évènement accidentel qui m’a fait non seulement pleurer, mais également réfléchir. Durant la période où j’ai dû patienter pour les résultats, j’ai vécu de l’inquiétude et pris conscience que ma santé, voire même ma vie, peut être grandement compromise par mon travail. Les décisions prises par mon chef de service et mes propres actions auraient pu avoir des conséquences désastreuses pour moi et ma famille.

    Faites en sorte qu’un tel évènement ne vous arrive jamais et prenez connaissance dès maintenant du protocole postexposition. Ça peut changer une vie!