Le gouvernement privatise.
Le privé en profite.
Le public paie.

Une inquiétante tendance se dessine au Québec : les employeurs du réseau public de santé ont de plus en plus recours à du personnel provenant d’entreprises privées de placement en soins. Que fait le gouvernement Charest depuis son arrivée au pouvoir pour freiner cette tendance? Rien. En fait, il ne cesse d’assouplir la règlementation afin de faciliter la sous-traitance. Résultat : il légitime sournoisement l’entrée des entreprises privées de placement en soins dans le réseau public de santé. Ainsi, aujourd’hui, le réseau public de santé achète du personnel comme il achète du matériel médical ou de l’équipement informatique!

Des chiffres qui sonnent l’alarme

Le nombre d’entreprises privées de placement en soins, la diversification de leurs activités et la place qu’elles occupent aujourd’hui dans les établissements publics de santé sont inquiétants.

  • 145 entreprises privées de placement en soins œuvrent au Québec (données répertoriées en novembre 2009)
  • Près de 60 % des établissements publics de santé auraient fait appel auxdites entreprises privées en 2008-2009
  • Dans certains établissements, le personnel desdites entreprises privées aurait effectué jusqu’à 40 % des heures totales de travail

La pénurie de personnel est-elle réglée pour autant? Non.

La pénurie de personnel : les infirmières à titre d’exemple

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) note que, depuis 2001, les effectifs infirmiers employés dans les établissements publics de santé baissent constamment. Il n’est donc pas étonnant que, depuis 2004-2005, le nombre d’infirmières travaillant pour le compte d’entreprises privées de placement en soins ait augmenté de 44 %. Par ailleurs, vérifications faites, ce pourcentage serait encore plus élevé.

Les effets pernicieux de la pénurie de professionnelles en soins

La pénurie de professionnelles provoque des effets sur les soins dispensés à la population ainsi que sur les conditions de travail. Or, les entreprises privées de placement en soins se servent de façon pernicieuse et opportuniste de cet état de fait pour concurrencer le secteur public en recrutant une main-d’œuvre en soins dont elles louent ensuite les heures au réseau public.

Pour le privé, la pénurie de professionnelles en soins est devenue un filon à exploiter pour faire des affaires d’or. Il réalise ainsi des profits sur le dos du réseau public, lequel souffre déjà d’un sous-financement chronique. L’objectif premier d’une entreprise privée de placement en soins est de générer les meilleurs rendements pour ses actionnaires.

En fin de compte, la population ne profite pas de l’ingérence du privé dans le public. Où vont donc les deniers publics destinés à la santé?

Le privé entraîne des coûts exorbitants

Les employeurs du réseau public de santé dépensent des sommes colossales pour louer ou acheter des services de soins aux entreprises privées. Cela entraîne des conséquences pour les employeurs, mais également pour les contribuables et pour l’État.

En utilisant de façon récurrente les services d’entreprises privées de placement en soins, le réseau public réduit sa marge de manœuvre et dispose de peu de moyens pour améliorer les services à la population.

Les entreprises privées de placement en soins sont constituées en compagnies à but lucratif; or, selon les lois fiscales, elles ne sont pas imposées de la même façon que les individus, puisqu’elles bénéficient de plusieurs déductions particulières.

Laisser la répartition
des soins au privé
nuit à la santé du public.

Recourir aux entreprises privées de placement en soins menace la qualité, la continuité et la sécurité des soins. Compte tenu du roulement élevé, le personnel provenant de ces entreprises peine à tisser des liens avec les patientes et les patients et à évaluer adéquatement leurs besoins. De plus, les méthodes d’embauche par téléphone ou par Internet de certaines entreprises privées ne leur permettent pas toujours de rencontrer les personnes qu’elles réfèrent. Il est donc légitime de s’interroger sur les répercussions de ces méthodes expéditives sur les services offerts. Dans le secteur public, les professionnelles en soins doivent présenter leur permis de pratique chaque année.

La formation d’un quasi-monopole ou d’un monopole aurait de fâcheuses répercussions sur le secteur public. Le privé pourrait exiger des tarifs élevés sans la moindre opposition.

La privatisation des soins au Québec ne profite ni à la population ni au réseau public. Elle sert plutôt les entreprises privées de placement en soins, parce que le gouvernement et les établissements publics ont créé un marché qui exploite la santé pour en faire un commerce lucratif.

La FIQ, une organisation de défense au service des professionnelles en soins

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec – FIQ représente 58 000 professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires dans près de 160 établissements. La FIQ défend les revendications, les choix et les droits de ses membres et favorise une vie syndicale active. Enfin, elle veille à sensibiliser l’opinion publique aux réalités professionnelles de ses membres afin d’éveiller son attention et d’obtenir son soutien.

Une tendance lourde
qui pèse sur la santé.

Le réseau public de santé a de plus en plus recours à des entreprises privées de placement en soins pour se doter d’effectifs. La pénurie de professionnelles n’est pas réglée pour autant. Le secteur public, qui souffre déjà de sous-financement, ne fait que subir davantage la concurrence du privé.

Qui profite de la privatisation des soins au Québec? Les patientes et les patients? Le réseau public? Non. Ce sont plutôt les entreprises privées de placement en soins puisque les deniers publics destinés à la santé se retrouvent dans les poches des actionnaires.

La FIQ dénonce une tendance lourde qui pèse sur la santé.