FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

La FIQ constate qu’à ce rythme là, les prochaines années risquent d’être catastrophiques pour le réseau de santé public.

Québec, le 13 mars 2007  –  Les déléguées de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec – FIQ, réunies en Conseil Fédéral à Saint-Hyacinthe, ont fait l’aller-retour à Québec afin de signifier aux chefs aspirant au poste de premier ministre du Québec qu’au rythme où vont les choses, les prochaines années risquent d’être catastrophiques pour le réseau de santé public du Québec. « La Fédération doute que les chefs politiques réalisent que la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de la santé est un enjeu majeur. La FIQ doute également que les chefs réalisent que ce qui se passe en ce moment dans le processus de négociation locale risque fort d’hypothéquer l’avenir du réseau de la santé à court, moyen et long terme », de déclarer Lina Bonamie, présidente de la FIQ. Les professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires ont donc voulu rappeler aux chefs politiques que les « beaux » discours prononcés dans cette campagne électorale sont très loin de la réalité.

Après le décret, la négociation locale

La manifestation est directement liée au processus de négociation locale présentement en cours. Rappelons que le gouvernement libéral de Jean Charest a modifié le processus de négociation de la convention collective en décentralisant 26 matières. Ces 26 matières doivent être négociées localement avec les employeurs. « En décembre 2005, le gouvernement libéral a décrété la grande majorité des conditions de travail et salariales des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires. Selon lui, le processus de négociation locale devait permettre de répondre aux besoins des professionnelles. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que c’est loin d’être le cas et qu’au contraire, les employeurs essaient de niveler vers le bas, les conditions de travail des professionnelles en soins », poursuit madame Bonamie. Ainsi, il devient de plus en plus difficile de croire qu’à moyen et long terme, il sera possible de résorber la pénurie des professionnelles en soins. « Donnons aux professionnelles des conditions de travail qui permettant de les attirer dans le réseau, mais surtout, permettant de les retenir, ce qui, actuellement, est loin d’être le cas », affirme la présidente.

La Fédération en a également profité pour dénoncer les nombreuses sorties publiques de madame Lise Denis, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). « Encore la fin de semaine dernière, dans une lettre ouverte publiée dans les journaux et co-signée avec son président, madame Denis affirmait que l’AQESSS profitait des négociations locales pour trouver, avec les employées, des façons de mieux adapter le milieu aux besoins du personnel. Laissez-nous vous dire qu’aux tables de négociation, on est bien loin de ces belles paroles », de dire madame Bonamie.

Pour la Fédération, les chiffres sont éloquents : sur les 155 négociations locales présentement en cours, seulement 16 ententes ont été conclues. « Plusieurs employeurs veulent même aller en deçà du statu quo; c’est inquiétant et tout à fait inacceptable. Les demandes patronales sont nombreuses : déplacer les ressources comme bon leur semble, retirer la stabilité des quarts de travail ou même afficher des postes principalement à temps partiel alors que les besoins pour des postes à temps complet sont évidents », poursuit madame Bonamie.

Des promesses électorales qui ne tiendront pas la route

La Fédération constate que plusieurs promesses électorales faites par les partis politiques ne tiendront pas la route. « Les discours des politiciens sont à des années- lumière du problème de pénurie de main-d’ œuvre. Le Parti libéral du Québec promet plus d’infirmières. Mais dans les faits, il promet quoi? Il promet que les personnes inscrites dans les établissements académiques termineront leur cours. Et puis après? Si nous prenons pour acquis, ce qui n’est pas réaliste, que toutes ces personnes termineront leur formation, nous arrivons à peine à couvrir les départs à la retraite. Et là, je ne vous parle même pas de celles qui, faute de conditions de travail acceptables et humaines, se tourneront vers le privé ou changeront tout simplement de profession. Nous le vivons déjà aujourd’hui et cela risque de s’accentuer », souligne la présidente. Le Parti Québécois et l’Action démocratique ne semblent pas plus sensibilisés aux défis actuels que ceux à venir. « Le Parti Québécois est extrêmement discret quant aux solutions à apporter à la pénurie de main-d’œuvre. Comment un parti politique désirant prendre le pouvoir peut demeure silencieux sur cette problématique? », questionne madame Bonamie. Quant au parti de Mario Dumont, il prône un rôle accru du secteur privé en santé. « La Fédération s’est toujours objectée à l’ouverture au privé et nous maintenons notre position. Est-ce que monsieur Dumont croit pouvoir "cloner" des professionnelles en soins pour œuvrer dans le réseau privé? Soyons réalistes, ce sont les ressources du réseau public qui vont être drainées vers le privé ».

La Fédération espère que les différents acteurs prennent leurs responsabilités et offrent, enfin, des conditions de travail adéquates aux professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires. « L’alarme sonnée aujourd’hui n’est pas un simple exercice de feu. La situation est critique et, si elle ne s’améliore pas, la catastrophe est à craindre », de conclure la présidente.

Profil de la FIQ

Le 1er décembre 2006, la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) a adopté un nouveau nom soit, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec – FIQ. La FIQ représente 57 000 professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires.