FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Cet arbre qui cache la forêt

Cet arbre qui cache la forêt

Lors de son point de presse de mardi, on avait la nette impression que le gouvernement soufflait le chaud et le froid. Tout en imposant la vaccination obligatoire à l’ensemble du personnel du réseau de la santé et des services sociaux sous peine de sanctionner ceux et celles qui refusaient le vaccin – en les envoyant sans solde à la maison –, le premier ministre Legault soulignait également le fait que la pénurie d’infirmières l’empêchait de dormir. Il cherche avec son ministre de la Santé, semble-t-il, des solutions.

Eh bien malheureusement, ce gouvernement n’a que lui à blâmer. On l’a maintes fois alerté sur le fait que les professionnelles en soins ont besoin de bienveillance et de respect. Les professionnelles en soins elles-mêmes ont multiplié les dénonciations par tous les moyens dont elles disposent. Malgré tout, c’est par une approche autoritaire qu’il gouverne depuis 18 mois – à coup d’arrêtés ministériels –, et l’annonce de la vaccination obligatoire s’ajoute à sa longue liste de gestes en ce sens.

Est-ce que la vaccination est importante? Évidemment que oui, mais est-ce qu’actuellement, elle représente le plus grand défi du réseau de la santé alors que le personnel est largement vacciné? La réponse est non et messieurs Legault et Dubé doivent cesser de ne voir que l’arbre qui cache la forêt. Ce qui se passe actuellement dans le réseau est extrêmement préoccupant et il manque déjà beaucoup trop de professionnelles en soins pour offrir tous les soins aux patient‑e‑s, et ce, qu’ils et elles aient la COVID ou non.

Les deux grands facteurs qui font que les professionnelles en soins tombent malades, démissionnent et fuient le réseau public pour les agences privées, ce sont le temps supplémentaire obligatoire (TSO) et la surcharge de travail exacerbée par des ratios professionnelles en soins/patient-e-s inhumains. Cet exode était bien amorcé avant la pandémie, mais il s’est accéléré à une vitesse effrénée dans les derniers mois.

Si monsieur Legault ne se rappelle plus des différentes solutions que notre organisation a maintes fois soumises à son gouvernement afin de freiner l’hémorragie et espérer retenir et voir revenir des professionnelles en soins à court, moyen et long termes, je l’invite à s’assoir directement avec des professionnelles en soins qui œuvrent actuellement dans le réseau. Il verra que les solutions relèvent d’un principe simple : le gros bon sens.

Principalement, elles veulent être suffisamment nombreuses sur leur quart de travail pour offrir des soins sécuritaires, connaître leur horaire de travail à l’avance et ne pas se voir imposer à répétition le travail forcé que représentent les heures supplémentaires obligatoires. Elles ne sont pas que des professionnelles en soins!

D’ailleurs, si le premier ministre était sincère mardi dernier, il doit dès maintenant exiger le retrait du TSO du coffre à outils des gestionnaires du réseau de la santé.

Ah oui! Et si monsieur Legault peut aussi parler avec une professionnelle en soins qui a quitté le réseau public pour travailler dans une agence privée, je l’encourage à le faire. Il y a fort à parier que cette dernière lui expliquera que si elle a quitté le réseau public, c’était justement parce que le gros bon sens n’y existe plus.