fbpx

FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

L’inconfort et la contrainte thermique sont des enjeux sérieux auxquels sont confrontées les professionnelles en soins dans plusieurs milieux de travail. La crise sanitaire a eu des impacts majeurs : équipes dégarnies, charge de travail élevée, équipements de protection individuelle multiples (ÉPI), etc. Cette nouvelle réalité ajoute nécessairement son lot de difficultés supplémentaires en contexte de chaleur.

Voici une série de moyens permettant de minimiser les risques et les inconforts que représente la chaleur dans vos milieux de travail. La meilleure manière de mettre en place ces moyens réside dans l’action collective des professionnelles en soins elles-mêmes. N’hésitez pas à contacter votre équipe syndicale pour vous accompagner et agir collectivement.

Conjoncture pandémique

La transmission par aérosol du SARS-CoV-2 est bien documentée. Durant la période estivale, il est d’usage d’ouvrir les fenêtres pour permettre une ventilation naturelle lorsque la température extérieure est plus fraîche que la température intérieure. Cependant, il est recommandé de toujours vérifier préalablement avec le service de prévention et contrôle des infections (PCI) si ce type de pratique peut poser des risques particuliers étant donné les courants d’air générés et la transmission aérosol du virus. Une vérification du même ordre doit être effectuée avant de procéder à l’installation de ventilateurs, de climatiseurs ou de déshumidificateurs.

L’équipement de protection individuelle supplémentaire accentue les dangers liés aux contraintes thermiques. Le fait de porter une couche de vêtements supplémentaire réduit la capacité du corps humain à réguler sa température. Aussi, le port prolongé des ÉPI peut compliquer l’hydratation. Dans ce contexte, la FIQ croit qu’il est de la responsabilité de l’employeur de prévoir une organisation du travail assurant la sécurité des professionnelles en soins. Ce dernier peut augmenter le nombre de pauses, octroyer le temps nécessaire pour s’hydrater et réduire la charge de travail.

Ce que devraient prévoir les employeurs

Le processus d’identification et de réduction des risques en santé et sécurité au travail se fait toujours dans un ordre allant de l’élimination à la source aux mesures individuelles. La démarche pour adresser les risques associés à la chaleur n’y fait pas exception.

À la source :

  • Dans le respect des règles PCI, si possible, climatiser le milieu de travail ou une section de celui-ci (climatisation centrale, climatisation portative, ventilateur).
  • Prévoir des moyens de limiter l’entrée des rayons de soleil dans le milieu de travail et laisser les fenêtres fermées lorsque la température extérieure est plus élevée que celle de l’intérieur.
  • Limiter l’utilisation d’appareils ou d’équipements émettant de la chaleur.

Mesures administratives :

  • Faire réellement l’exercice paritaire de penser une organisation du travail permettant de travailler en sécurité à la chaleur.
  • Prendre les moyens nécessaires pour sensibiliser et former sur les risques associés à la chaleur, sur les symptômes associés aux coups de chaleur et sur les stratégies à déployer pour éliminer ou réduire ces risques.
  • Rendre disponible un endroit frais et aéré pour permettre de prendre des pauses dans un environnement reposant et tempéré.
  • Revoir l’organisation du travail pour permettre de prendre des micropauses et des pauses supplémentaires en situation de chaleur. Selon un sondage réalisé par l’ASSTSAS, 83 % des établissements sondés déploieraient des mesures d’alternance travail-repos.
  • Revoir l’organisation du travail pour réduire le rythme et l’intensité du travail. Par exemple, en réservant les tâches les plus exigeantes pour les périodes plus fraîches ou en bonifiant la composition des équipes de travail (ex. : ajout de professionnelles en soins pour couvrir les périodes de pauses ou ajout de personnel auxiliaire). Selon un sondage réalisé par l’ASSTSAS, 83 % des établissements affirment mettre en place un allègement de la charge de travail.
  • Permettre un accès en tout temps à de l’eau fraîche et organiser le travail de façon à pouvoir s’hydrater aussi souvent que nécessaire. C’est un enjeu délicat, surtout en contexte de surcharge de travail (manque de temps pour s’hydrater) et de port d’ÉPI.
  • Former adéquatement sur les ÉPI pour permettre de s’hydrater de manière sécuritaire sans s’autocontaminer.

Mesures individuelles :

  • Rendre disponibles des ÉPI rafraîchissants (bandeau ou collier rafraîchissant). Ces ÉPI devraient être pour usage personnel et non échangé entre les professionnelles en soins.
  • Permettre des accommodements aux professionnelles en soins plus vulnérables à la chaleur dans un contexte de situation médicale ou personnelle particulière. Ces facteurs personnels peuvent être par exemple la prise de certains médicaments, des antécédents de coups de chaleur, l’occurrence du temps supplémentaire (TS ou TSO), une certaine condition physique ou médicale, etc.
  • Évaluer la possibilité de déployer des stratégies auxiliaires pour diminuer l’inconfort des masques N95 qui peut être exacerbé par la chaleur. Par exemple, l’ajout de lignes autocollantes sous le masque (si elles ne compromettent pas l’étanchéité) ou l’utilisation de certaines crèmes hydratantes peuvent aussi être envisagés.
Ce que vous devriez prévoir
  • Boire 250 ml d’eau fraîche toutes les 20 minutes. Plus si vous répondez aux critères énoncés dans la charte proposée par la CNESST. Jamais plus de 1,5 litre d’eau à l’heure.
  • Favoriser les repas légers et frais.
  • Discuter avec vos collègues et contacter votre équipe syndicale si l’inconfort ou la contrainte thermique ne sont pas des enjeux pris en charge sérieusement par l’employeur. Aider l’employeur et votre équipe syndicale à identifier les risques et les moyens de les minimiser.
  • Aviser immédiatement un-e représentant-e de l’employeur, puis cesser de travailler en cas de symptômes de coups de chaleur ou annonçant un coup de chaleur : absence de transpiration, peau chaude et sèche, propos incohérent, perte d’équilibre, somnolence, nausée, perte de conscience, convulsion. Si vous observez ces symptômes chez une collègue, avisez immédiatement votre supérieur-e immédiat-e.

Important

  • La CNESST propose une méthode pour mesurer la chaleur sur un milieu de travail et adapter le travail en fonction du danger. Selon le niveau de chaleur et l’intensité du travail, une certaine fréquence d’hydratation et de repos est proposée. La mesure de la chaleur et la détermination des actions à entreprendre doit tenir compte :
    • De l’humidité relative. Le taux d’humidité relative d’un bâtiment de soins de santé devrait se situer généralement entre 30 à 60 %;
    • Des équipements de protection individuelle portée. Les équipements imperméables ou laissant peut échapper la sueur augmentent les contraintes thermiques (blouse, gants, masque, visière);
    • Des efforts réalisés. Règle générale, travailler assis ou debout en réalisant des activités légères (ex. : prise de signes vitaux) est considéré du travail léger. Travailler debout dans un rythme soutenu en effectuant des tâches plus exigeantes (ex. : soins d’hygiène ou mobilisation de patient-e-s) constitue du travail d’intensité moyenne.
  • Lorsque vous travaillez dans un environnement atteignant une certaine température, vous devez appliquer les recommandations de la CNESST et l’employeur doit vous le permettre. En cas de problème, consultez immédiatement votre équipe syndicale.
  • Pour appliquer l’échelle de chaleur de la CNESST, la prise de la température devrait se faire :
    • Avec un thermomètre et un hygromètre;
    • Paritairement avec le syndicat au moment de prendre la mesure;
    • À une fréquence convenue avec le syndicat;
    • De manière à consigner le résultat dans un registre.

Sources consultées :

https://www.inspq.qc.ca/publications/3011-climatiseurs-mobiles-ventilateurs-milieux-soin-covid19

http://asstsas.qc.ca/sites/default/files/publications/documents/OP/op432022_d_inconfort.pdf?download=1

https://www.cnesst.gouv.qc.ca/sites/default/files/publications/travailler-a-la-chaleur.pdf?download=1

https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/identifier-corriger-risques/liste-informations-prevention/coup-chaleur

http://asstsas.qc.ca/sites/default/files/publications/documents/Fiches/FT26-chaleur-fr-WEB.pdf?download=1