FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Pour la FIIQ, une politique industrielle au détriment de la population québécoise.

Québec, le 5 mai 2005  –   La Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) présente cet après-midi, en commission parlementaire, son mémoire sur la politique du médicament. Tel que rédigé, la Fédération se questionne à savoir si cette politique représente une politique de santé ou une politique industrielle?

« Si la politique du médicament était attendue avec impatience, ce projet soumis à la consultation déçoit à plus d’un titre. Le sentiment qui s’en dégage est celui d’être en présence d’une politique industrielle visant essentiellement à soutenir l’industrie du médicament d’origine. Il y a absence d’une vision axée sur la santé publique », de déclarer Sylvie Boulanger, vice-présidente à la FIIQ. Selon les attentes de la FIIQ, cette politique du médicament devrait consacrer l’intégration des médicaments au système de santé et de services sociaux en vue de l’amélioration de la santé et du bien-être de la population et permettre ainsi une démocratisation de l’accès aux médicaments.

L’interdiction de la publicité directe aux usagers

Selon la FIIQ, les médicaments nécessitent qu’une information objective sur ceux-ci soit transmise aux patient-e-s et à la population en général. « Il est impossible de concilier ce caractère objectif avec la publicité directe. Les compagnies de médicaments poussent très fort afin de pouvoir pratiquer ce type de publicité. Il ne faut jamais oublier que les médicaments, particulièrement ceux vendus sous ordonnance, sont des substances toxiques qui visent à traiter des pathologies. Ces produits peuvent être dangereux si leur utilisation n’est pas adéquate donc ils doivent faire l’objet d’un contrôle serré et l’interdiction de publicité en fait partie », poursuit la vice-présidente. La Loi sur les aliments et drogues ne permet pas la publicité directe aux patient-e-s et pour la Fédération, cela doit rester ainsi. Cependant, la législation mise en place est de plus en plus transgressée par les compagnies pharmaceutiques et c’est pour cette raison que bien que la publicité soit de juridiction fédérale, la FIIQ demande au ministre de s’engager à faire pression sur le gouvernement fédéral afin que ce dernier améliore le respect de sa réglementation.

Assurer une accessibilité aux médicaments

Il ne semble pas que la politique du médicament permettra une plus grande accessibilité aux personnes à faible revenu. « L’accessibilité aux médicaments passe d’abord par l’accessibilité financière aux produits. Or, cette politique introduit ou maintient des éléments qui vont contribuer à l’augmentation des prix des médicaments d’origine », souligne madame Boulanger. La Fédération considère, entre autres, que l’abandon de la non-augmentation des prix, le refus d’examiner la politique du prix de référence, le maintien de l’augmentation annuelle des paramètres du régime et le maintien de la « règle des 15 ans » en sont de bons exemples. « Très peu est prévu pour améliorer l’accès aux médicaments pour les personnes en difficulté financière. Seules les personnes âgées ayant le supplément de revenu garanti (SRG) complet auront accès gratuitement aux médicaments », déplore madame Boulanger. Certaines mesures sont prévues dans le projet du gouvernement pour faire baisser les prix des médicaments génériques, jugés trop élevés. La Fédération salue cette initiative mais pourquoi alors permettre l’augmentation des prix des médicaments d’origine? « Les entreprises pharmaceutiques font partie des industries les plus lucratives au monde. Permettre l’augmentation des prix des médicaments d’origine contribuera directement à réduire l’accessibilité pour la population », de poursuivre la vice-présidente.

D’autres déceptions

La Fédération aurait aimé voir intégré à l’intérieur de cette politique le concept de pharmacovigilance puisque le médicament ne constitue pas un produit banal. « Elle n’aborde d’aucune manière la question du gaspillage, celle de la prescription et de la consommation inadéquates de médicaments. La pharmacovigilance permettrait de prévenir les effets indésirables des médicaments pour les patient-e-s », de poursuivre madame Boulanger. Finalement, tel que mentionné dans son mémoire sur le projet de loi 83, la FIIQ demeure très inquiète face aux dangers de la trop grande circulation de l’information. « Nous ne retrouvons pas non plus, dans cette politique du médicament, de balises pour limiter la transmission d’informations vers d’autres gouvernements, d’autres organismes gouvernementaux étrangers ou même, vers l’entreprise privée », de conclure madame Boulanger.

La version électronique du mémoire de la FIIQ est disponible à la rubrique Mémoires de fiiq.qc.ca.

L’audition de la FIIQ est prévue à 17h; Madame Sylvie Boulanger, vice-présidente à la FIIQ, sera disponible pour répondre aux questions des journalistes à compter de 16 h 15 à l’extérieur de la salle du Conseil législatif de l’hôtel du Parlement.