FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Une situation toujours réelle chez les infirmières.

Montréal, le 14 juin 2006  –   La Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) n’est pas en accord avec les propos tenus hier par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, à la suite de la décision rendue par le juge Édouard Martin qui blâme le Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) pour avoir manqué à la norme de qualité requise dans l’organisation des soins infirmiers.

Selon monsieur Couillard, depuis l’événement survenu au CHUL en 2000, la situation se serait améliorée dans les hôpitaux. Pourtant, ces propos qui se veulent rassurants ne concordent pas avec des informations contenues dans un rapport produit en mars 2005 par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Projection de la main-d’œuvre infirmière, de 2004-2005 à 2019-2020. Dans ce rapport, on indiquait entre autres que « la proportion des heures travaillées en temps supplémentaire par rapport au total d’heures travaillées (régulières et supplémentaires) par les infirmières est passée d’une moyenne de 1,71 % pendant les années 1985-1986 à 1995-1996 à un sommet de 4,38 % en 2003-2004. Cela représente un accroissement global de 156 %. » On y ajoutait aussi que « Globalement, pendant la période de cinq ans s’étendant de 1998-1999 à 2003-2004, moins du tiers de l’augmentation des heures travaillées par les infirmières est attribuable à l’accroissement du nombre d’emplois; le reste s’explique par une augmentation de l’activité des infirmières. » Pourtant, l’augmentation des heures travaillées par infirmière représenterait l’équivalent de près de 3 600 emplois selon le MSSS.

La surcharge de travail risque d’augmenter

Pour la présidente de la FIIQ, Lina Bonamie, les propos du ministre semblent banaliser la situation. « Depuis 1998, la Fédération dénonce la pratique des employeurs de recourir de façon quasi systématique à des heures supplémentaires plutôt que de créer des postes. » Faut-il rappeler qu’en 1998, les membres de la FIIQ avaient refusé de se conformer à l’obligation de faire des heures supplémentaires, refus qui les avait conduites devant le Conseil des services essentiels. Le Conseil avait notamment imposé la mise sur pied d’un Groupe de travail national pour examiner les meilleures solutions afin de redresser cette situation. Malgré les efforts déployés au cours des dernières années, l’obligation de faire de plus en plus d’heures supplémentaires est récurrente dans plusieurs établissements. Et la situation risque d’empirer dans les années à venir avec les pénuries projetées par le MSSS, qui d’ici 2020 seraient de l’ordre de 17 119 infirmières.

« Ce recours trop fréquent aux heures supplémentaires a en bout de ligne une incidence sur la qualité des soins », d’affirmer madame Bonamie. « D’ailleurs, dans un avis préparé en février 2006, la FIIQ soulignait que dans les milieux de soins, les atteintes à la sécurité du public étaient souvent dues à une organisation des soins et du travail lacunaire et non pas à un manque de compétence du personnel et rappelait que plusieurs études établissaient un lien entre la diminution de la qualité des soins et le manque de personnel infirmier, la surcharge de travail, le manque d’expérience, l’instabilité des postes et les pratiques organisationnelles internes déficientes. »

Le temps partiel n’est pas un choix

Selon l’attachée de presse du ministre, Isabelle Merizzi, beaucoup d’infirmières auraient choisi de travailler à temps partiel pour des raisons personnelles. À cet effet, soulignons que d’après les résultats d’une recherche réalisée par le Groupe de travail sur la planification de la main-d’œuvre infirmière, dont la Fédération faisait partie, seulement 26 % des infirmières de moins de 50 ans qui occupaient un poste à temps partiel indiquaient qu’elles n’accepteraient pas de poste à temps complet; près des trois quarts des infirmières travaillant à temps partiel disaient qu’elles accepteraient d’occuper un poste à temps complet dans la mesure où des incitatifs seraient mis en place (le choix du type de poste, l’amélioration des conditions salariales, l’aménagement du temps de travail, l’allégement de la charge de travail, la stabilité des postes, etc.).

« Nous avons réussi à obtenir une garantie de 8 jours de travail par 28 jours pour l’ensemble de nos membres afin d’accroître la rétention du personnel, mais c’est nettement insuffisant pour répondre à l’augmentation actuelle et future des heures travaillées par infirmière. La réduction des heures supplémentaires passe par la création de postes stables et pour ce faire, le gouvernement devrait y allouer les ressources financières suffisantes plutôt que d’imposer un cadre financier inapproprié qui rend difficile la création de tels postes par les établissements », de conclure madame Bonamie.