FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Le secteur public : bouée de sauvetage d’une économie défaillante

Lettre ouverte du Front commun en réponse à l’article signé par Alain Dubuc et paru dans La Presse, édition du 13 mai 2009

Les salariés du secteur public auraient beau ne rien demander, ce serait probablement encore trop pour certains éditorialistes. À chaque négociation, c’est la même rengaine : les demandes syndicales sont irréalistes, l’État n’a pas les moyens de payer. Cette fois-ci, dans son article du 13 mai, Alain Dubuc invoque l’état de l’économie.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la récession a bon dos. S’il est exact que l’économie mondiale est secouée par une grave crise à la fois financière et économique, dont les effets se répercutent sur plusieurs de nos industries, il faut aussi reconnaître que l’économie québécoise fait preuve d’une résilience remarquable. Par exemple, depuis le sommet d’octobre dernier, le Québec a perdu 32 000 emplois (-0,8 %). Le Canada dans son ensemble en a perdu 321 000, soit 10 fois plus (-1,9 %). À elle seule, la province de l’Ontario a perdu 174 000 emplois, une chute de 2,6 %. Certes, le tableau n’est pas reluisant, mais faut-il le noircir à dessein?

Ce qui explique ces évolutions contrastées, c’est la conformation différente des économies régionales et les politiques appliquées. Au Québec, le secteur public occupant une place plus grande dans l’économie, il devient par le fait même un gage de meilleure stabilité quand le secteur privé fléchit. Les investissements publics dans les infrastructures et ceux d’Hydro-Québec, de même que la faible présence de l’industrie automobile, expliquent aussi les incidences plus mitigées de la récession au Québec. Monsieur Dubuc est bien au fait de ces particularités, pour les avoir soulignées dans ses textes.

La question de la capacité de payer de l’État se pose aussi, comme toujours. À cet égard, il faut d’abord rappeler que la prochaine convention collective des employés du secteur public vise les années 2010 et les suivantes, alors que la reprise devrait être bien engagée selon tous les observateurs. Le récent budget du Québec prévoit un taux de croissance annuel de 4,5 % du PIB nominal après 2010. La Banque du Canada prévoit une progression du PIB réel de 2,5 % en 2010 et de 4,7 % en 2011, ce à quoi il faut ajouter l’inflation.

Plus que les incidences de la récession, qui sont de nature temporaire, il faut questionner un certain nombre de choix du gouvernement en matière de fiscalité. Les mesures des budgets antérieurs, en termes de réduction de l’impôt des particuliers et des sociétés, priveront le gouvernement de revenus de 2,1 milliards cette année et de 2,5 milliards l’an prochain (Plan budgétaire 2009‑2010, p. C.17). En d’autres mots, c’est le gouvernement lui-même, par ses choix politiques, qui a réduit sa propre capacité de payer. Cela n’a rien à voir avec la récession. S’il y a des débats à faire sur l’état des finances publiques, il faut tout d’abord commencer par poser le bon diagnostic, ce qu’omet de faire Alain Dubuc.

Il est d’ailleurs assez surprenant de voir M. Dubuc réduire la fonction de soutien économique de l’État aux seuls transferts. Les dépenses de support sous forme d’aide aux personnes, aux entreprises et aux municipalités ne comptent que pour 21 % des dépenses de programmes. Cependant, les dépenses pour des achats de biens et services ou pour la production de services administratifs, de santé, de services sociaux, d’éducation, de garde d’enfants, constituent l’essentiel des dépenses du gouvernement du Québec. Ces activités représentent une composante majeure du bien-être de la population.

Il faut donc comprendre qu’en comprimant les dépenses dans les services publics, l’État ne ferait qu’accentuer le ralentissement économique et contribuerait donc à retarder d’autant une relance économique que nous souhaitons tous. En conséquence, une véritable politique éclairée doit avoir comme objectif de poursuivre le développement de ces activités, en y consacrant les ressources appropriées.

Les économistes du Front commun

Pierre Beaulne, Secrétariat intersyndical des services publics (SISP)
Lise Pomerleau, Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Monique Audet, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)