FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

On se demande bien qui joue à l’autruche

À vouloir défendre à tout prix un projet, on en vient souvent à développer un argumentaire qui n’a plus rien à voir avec la réalité. C’est ce que je me suis dit en lisant l’article paru aujourd’hui dans le quotidien Le Soleil. On y rapporte des propos de la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Gyslaine Desrosiers, sur la formation initiale des infirmières et les compétences que celles-ci en retirent, selon qu’elles proviennent du milieu collégial ou universitaire.

Selon Mme Desrosiers, la formation collégiale serait insuffisante pour permettre à une infirmière d’œuvrer sur une unité dite de soins critiques. Elle va même jusqu’à affirmer que cela représenterait un risque pour la protection du public.

Voyons donc! Cela voudrait dire que, depuis des années, la population entière aurait été mise en danger sans que personne n’intervienne? De telles déclarations révèlent une profonde méconnaissance de la réalité « terrain » quand à l’intégration et la formation des nouvelles arrivées. Sans parler d’un grand mépris pour ces milliers d’infirmières qui, chaque jour, s’évertuent à dispenser des soins, à rassurer des patient-e-s et leurs familles, à sauver des vies… et cela, en dépit d’un système de gestion à courte vue, où ce sont les gestionnaires, devenus experts en manipulation de chiffres qui sont récompensés plutôt que celles qui portent le réseau de la santé à bout de bras!

Si on a vu croitre un risque pour la protection du public ces dernières années, il réside beaucoup plus dans des méthodes de gestion déficientes qui ont fait en sorte que les équipes de base se retrouvent réduites à peau de chagrin, dans une reconnaissance inadéquate des niveaux de responsabilités, dans une structure de postes qui n’a plus aucun lien avec les besoins réels d’un réseau où l’on ne retrouve pratiquement plus que des cas « lourds ».

Une nouvelle infirmière, lorsque laissée à elle-même face à de trop lourdes responsabilités, se retrouvera toujours dépourvue, peu importe qu’elle soit diplômée d’un cégep ou d’une université. Ne pas reconnaître la responsabilité de l’employeur dans de telles situations, c’est cela, Madame Desrosiers, jouer à l’autruche.

Sur une note plus positive, je tiens à profiter de l’occasion pour souhaiter un très bel été à toutes les professionnelles en soins et d’agréables vacances à celles qui auront l’occasion d’en prendre. Dans tous les cas, assurez-vous de vous réserver des moments de qualité en compagnie de celles et ceux que vous aimez. Prenez soin de vous!