FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Le financement à l’activité, au service de qui?

Outre les super-cliniques, d’autres éléments du discours inaugural du premier ministre Philippe Couillard, prononcé il y a quelques jours, méritent qu’on s’y attarde. Je pense, entre autres, au financement à l’activité : un mode d’allocation des ressources qui consiste à financer les établissements sur la base du volume des services rendus. Ainsi, on remplacerait le budget alloué aux établissements pour offrir les services et donner les soins par un montant payé pour chaque service effectivement rendu.

Si l’idée peut plaire à certains, il importe de bien en saisir les tenants et aboutissants. Et quand on y regarde de plus près, le discours séduisant de « l’argent qui suit le patient » et du financement « axé sur le patient » cache ce qui pourrait bien être tout le contraire d’une solution aux problèmes du réseau de la santé.

Il est évident qu’en incitant les établissements à demeurer « rentables », ceux-ci préconiseront les services plus payants (chirurgies d’un jour, actes sur les patients dont l’état de santé est relativement bon) et seront tentés de délaisser ceux qui le sont moins (cancer plus difficiles à traiter, cas à plus forts risques de complications, etc.). Par ailleurs, ils chercheront par tous les moyens à augmenter la productivité des professionnelles en soins. N’en font-elles pas déjà assez?

Il faut aussi tenir compte du fait que cet ambitieux projet ne pourra se faire sans des investissements majeurs en informatisation, et en bureaucratisation, cela sans compter les nombreux consultants qu’il faudra embaucher pour veiller à sa bonne mise sur pied : un effet assez paradoxal quand on pense que les tenants du financement à l’activité évoquent la réduction de la bureaucratie pour justifier cette approche.

Moins de services, plus de gestion, des soins minutés et moins d’humanité : Est-ce bien là que se trouve l’intérêt du patient?

Qu’en pensez-vous?