FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Pas de panique! Tout cela était prévisible

La personne qui m’a appris la nouvelle est entrée en trombe dans mon bureau. L’air agité et plutôt paniqué, elle m’a tout raconté. Elle a évoqué l’horreur de la situation, le massacre à la tronçonneuse qui se préparait. Je l’ai regardé calmement dans les yeux et lui ai dit « Pas de panique, Pierre. Tout cela était prévisible. »

Cette personne me parlait, bien entendu, de la nomination par le gouvernement Couillard des membres de la Commission de révision permanente des programmes, censé mettre en place le processus d’évaluation continue des programmes gouvernementaux prioritaires. En effet, fallait-il se surprendre d’y retrouver, entre autres, Claude Montmarquette et Robert Gagné, deux économistes dont la vision de l’État est sans équivoque.

On se rappellera que Claude Montmarquette est l’un des promoteurs de la désastreuse réduction des dépenses lors du dernier budget. Il est également l’un des artisans du projet de privatisation de la SAQ, de la possibilité de vendre Hydro-Québec, et de la hausse des tarifs en CPE.

Robert Gagné, quant à lui, est l’un des fondateurs de l’Institut du Québec, l’organisation de recherche économique mise sur pied par l’ancien ministre Raymond Bachand en février dernier. Celle-ci recommandait récemment au gouvernement une réduction des dépenses en santé de 5,2 %, un effort de productivité, au dire du groupe de recherche, nécessaire pour maintenir les services.

Si je n’ai pas été surprise d’apprendre ces nominations, cela va de soi que je trouve la situation risible et des moins subtiles. On a beau connaître la vision politique du gouvernement libéral, un peu plus de finesse dans la réflexion qui s’amorce aurait été souhaitable. Pour la FIQ, il est clair que des coupes comme celles annoncées dans le budget se feront au détriment de la qualité et même de la sécurité des soins. Il est clair aussi que si le gouvernement avait à cœur la santé des Québécois et Québécoises, il regarderait d’abord du côté de la mauvaise gestion qui coûte aux contribuables des millions et des millions de dollars chaque année.

Au lieu de faire subir à ceux qui sont les plus fragiles, les conséquences dramatiques de ces coupes, s’il était responsable, le gouvernement envisagerait sérieusement les nombreuses solutions alternatives mises sur la table ces dernières années par divers groupes dont la FIQ fait partie. Pensons à la Taxe Tobin, ainsi qu’aux nombreuses solutions avancées par la coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qu’aucun des trois derniers gouvernements qui se sont succédé à Québec n’a même osé envisager.

Avec ces nominations, on voit bien que les dés sont pipés. Le gouvernement ira dans le sens du discours populiste de la réduction des services, sachant pertinemment que le véritable gouffre financier est ailleurs : la mauvaise gestion, les paradis fiscaux, la vente à rabais de nos ressources naturelles ainsi que les plus récentes coupes décrétées par le gouvernement fédéral dans les transferts en santé. Mais ça, les penseurs de l’avenir de l’État québécois n’en parleront pas.

Et vous, vous en pensez quoi?