Pourquoi est-ce qu’on reste dans le réseau public? 

Pourquoi est-ce qu’on reste dans le réseau public? Voilà une question qu’on s’est toutes posée à un moment ou à un autre. Virginie Beffort, infirmière clinicienne depuis 2015 dans divers milieux, notamment au Centre antipoison et à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis, trouve les mots justes pour répondre à cette question : « Il y a toute cette relation thérapeutique où il faut être douce, où il faut être patiente et, en même temps, il y a toute cette urgence d’agir, avoir les connaissances scientifiques pour identifier les problèmes et collaborer avec les autres professionnel-le-s. C’est cette dualité-là qui donne tout son sens à la profession. »  

Malgré son enthousiasme pour les soins, elle demeure lucide sur la situation actuelle dans le réseau et évoque les nombreux enjeux qui rendent le travail plus exigeant : surcharge mentale, TSO, volume important de patient-e-s, etc. En 2023, ces difficultés l’amènent à lancer un cri du cœur à ses gestionnaires et sur les médias sociaux. Le message est sans équivoque : « Nous n’en pouvons plus. » C’est là l’élément déclencheur de son engagement pour faire changer les choses.  

Suivant cette initiative, elle participe au comité de soins, mis en place à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis, pour trouver des solutions à la surcharge. Une expérience enrichissante et éclairante. « C’est difficile de changer les façons de faire dans cette grosse machine qu’est le réseau de la santé, mais je pense que ce sont les petits changements qui vont faire une grosse différence. Le comité de soins nous a aidées, notamment avec le fait d’avoir été entendues, l’équilibrage du temps supplémentaire entre les unités, l’ajout de civières en début de quart et l’encadrement accru pour les équipes plus jeunes. » 

Le comité de soins est un lieu prévu à la convention collective où salarié-e-s et gestionnaires peuvent discuter localement des problèmes d’organisation du travail et du fardeau de tâches. Il vise à proposer des solutions concrètes pour remédier à la surcharge de travail. 

Malgré toutes ces avancées et le regain d’espoir qu’elles entraînentVirginie Beffort insiste sur l’importance des changements structuraux : «Il y a encore beaucoup de travail à faire. Je pense que d’établir des ratios, ça nous permettrait de revenir à l’essence même de notre profession. De retrouver le parfait équilibre entre la relation thérapeutique et le côté scientifique, de prendre le temps, et en même temps d’être capable d’agir dans l’urgence.» C’est cet équilibre qui nous permettrait d’arrêter de nous poser la question et de simplement dire… on reste. 

Virginie Beffort, infirmière clinicienne et militante contre la surcharge