La FIQ réclame des engagements des élu-e-s | Prendre soin sans être soutenues : la réalité quotidienne des professionnelles en soins
Québec, le 11 juin 2026 — La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec—FIQ vient de mener une action de visibilité près de l’Assemblée nationale afin de sensibiliser les élu‑e‑s à l’urgence d’implanter des ratios sécuritaires dans le réseau de la santé et d’obtenir de leur part des engagements fermes en ce sens. À cette occasion, des militantes de la Fédération ont remis aux député-e-s une trousse d’information comprenant des données terrain, des témoignages et des propositions concrètes pour améliorer l’organisation des soins et mieux protéger à la fois les patient-e-s et le personnel soignant. Par cette initiative, la FIQ souhaite faire des ratios sécuritaires un enjeu incontournable en vue de la prochaine campagne électorale et amener les formations politiques à se positionner clairement.
Pour la Fédération, le constat est sans équivoque : partout au Québec, les professionnelles en soins sont confrontées à une surcharge de travail majeure, qui compromet directement la qualité et la sécurité des soins offerts à la population, faute de temps pour exercer selon les plus hauts standards. « On demande aux professionnelles en soins d’être toujours plus agiles, plus performantes, plus silencieuses… mais sans ressources supplémentaires. Cette recette mène droit à l’épuisement, à la perte d’expertise et à des soins fragilisés », dénonce la présidente de la FIQ, Julie Bouchard.
Des Laurentides à l’Abitibi-Témiscamingue, de la Montérégie à l’Estrie, en passant par Montréal, Lanaudière, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Mauricie–Centre-du-Québec, le constat est le même : des plans de contingence qui s’inscrivent dans la durée, un non-remplacement systématique du personnel absent, une surcharge de travail chronique, un nombre de patient-e-s trop élevé (notamment en CHSLD, en urgence, en santé mentale et en soutien à domicile) ainsi que des professionnelles en soins contraintes de renoncer à leurs pauses et repas. À cela s’ajoutent une peur grandissante de dénoncer et une perte de confiance envers des gestionnaires qui multiplient les discours rassurants sans livrer de résultats.
Dans plusieurs milieux, les membres se mobilisent : pétitions, affichage, plaintes en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, manifestations, collectes de données et interpellations publiques. Ces actions ont parfois permis d’obtenir des gains ciblés — matériel essentiel, ajustements organisationnels, reconnaissance de problèmes réels — mais, trop souvent, l’ajout de personnel n’est pas au rendez-vous. « Les équipes de soins ne sont pas dupes. Elles entendent les promesses, mais vivent la réalité sur le terrain. Et cette réalité, c’est une organisation du travail qui ne tient plus. Les directions connaissent très bien la situation, mais continuent de faire la sourde oreille. Il est urgent de prendre le virage vers des ratios sécuritaires assurant un nombre adéquat de patient-e-s par professionnelle en soins », souligne Mme Bouchard.
Ailleurs au Canada : le virage vers les ratios bien amorcé
Les expériences menées ailleurs au Canada montrent que l’implantation de ratios sécuritaires produit des résultats concrets : en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, on observe une meilleure rétention du personnel, liée à une charge de travail plus soutenable, ainsi qu’une amélioration de la qualité des soins. Au Manitoba, le gouvernement s’est engagé dans une démarche législative pour encadrer ces ratios, tandis qu’en Ontario, plusieurs études en recommandent l’adoption en raison de leurs effets positifs sur la sécurité des patient-e-s et la réduction de l’épuisement professionnel.
Ces constats confirment que les ratios constituent une solution éprouvée pour renforcer le réseau public de santé, comme le démontrent depuis longtemps la Californie et plusieurs États australiens. Dans ce contexte, la FIQ s’interroge : pourquoi le Québec tarde-t-il toujours à implanter des ratios sécuritaires, alors même que leurs bénéfices sont largement reconnus ?
La FIQ interpelle donc directement les candidat-e-s qui souhaitent former le prochain gouvernement ainsi que Santé Québec. « Les soins ne peuvent pas reposer uniquement sur la bonne volonté et le sacrifice des professionnelles en soins. Des engagements concrets sont nécessaires, de même que des ressources humaines suffisantes, une organisation du travail sécuritaire et un respect réel de l’expertise clinique », conclut la dirigeante syndicale.