
Événements potentiellement traumatiques
Contrairement à la population générale pour qui c’est très rare, les professionnelles en soins sont régulièrement exposées à des événements potentiellement traumatiques (ÉPT) en raison de la nature de leur travail. Au quotidien, elles sont confrontées à la souffrance humaine, à la détresse, à l’agressivité et à l’impatience des patient‑e‑s et de leur famille. Les professionnelles en soins occupent d’ailleurs la 3e place parmi les professions les plus à risque d’être exposées aux ÉPT. Certains départements sont particulièrement critiques, notamment les urgences, la psychiatrie et les CHSLD.
Qu’est-ce qu’un événement potentiellement traumatique?
Il s’agit d’une exposition à un événement impliquant le décès ou le risque de décès d’une personne, une blessure grave, une menace de mort ou une exposition à de la violence sexuelle.
Pour une professionnelle en soins, l’exposition à cet événement peut survenir de différentes façons :
- En tant que victime exposée directement
- En tant que témoin directe de l’événement affectant une autre personne
- En tant que témoin indirecte, en apprenant qu’un‑e proche ou un‑e collègue a été impliqué‑e dans un événement
- En étant exposée répétitivement à des éléments horrifiants et pénibles dans le cadre de son travail
L’exposition à un ÉPT peut entraîner une blessure qui affectera la santé psychologique et causer un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Réactions possibles
Pendant et juste après l’exposition à un ÉPT, les professionnelles en soins peuvent vivre de l’anxiété et de la dissociation et, par la suite, avoir d’autres réactions. Ces réactions sont normales face à une situation anormale, et peuvent avoir une multitude de répercussions sur la santé et le bien-être :
- Social : difficulté à maintenir des relations, attachement malsain, isolement
- Physique : reviviscence, hypervigilance, troubles du sommeil, cauchemars à propos de l’événement, problèmes d’estomac, changements de l’appétit
- Comportemental : recours à certaines substances pour éviter ou engourdir les émotions, arrêt des activités pourtant appréciées ou des routines de soins personnels, autodestruction
- Émotionnel : anxiété, insécurité, culpabilité, tristesse, honte, peur, pensées négatives, sentiment d’épuisement, de colère ou d’engourdissement
- Psychologique : idées suicidaires, tentative de suicide, développement de tics nerveux, d’un trouble obsessionnel-compulsif (TOC), de troubles de santé mentale incluant ceux liés à la toxicomanie
- Cognitif : pertes de mémoire, difficulté à se concentrer
- Etc.
Les particularités individuelles, comme les expériences traumatisantes vécues antérieurement, l’extraversion ou les caractéristiques génétiques et physiologiques, peuvent influencer la réponse au stress et aux expositions aux ÉPT.
Pour plus d’information : Ce que vous pouvez éprouver suite à un événement traumatique

Trouble de stress aigu vs trouble de stress post-traumatique
Ces deux troubles présentent sensiblement les mêmes symptômes, mais c’est leur durée qui les différencie. Le trouble du stress aigu a une durée maximale de 30 jours. Au-delà de cette période, il évolue en trouble de stress post-traumatique. Les 30 premiers jours sont donc cruciaux pour éviter de développer un TSPT : un trouble qui peut persister longtemps après l’événement et occasionner des séquelles psychologiques permanentes ayant des impacts sur la vie personnelle et professionnelle.
Quoi faire après une exposition à un ÉPT?
Parce que les ÉPT peuvent provoquer des arrêts de travail de courte ou de longue durée, il est fortement recommandé aux professionnelles en soins concernées de remplir le formulaire de déclaration d’un événement accidentel de l’employeur.
En outre, il est recommandé de consulter un‑e médecin pour l’ouverture d’un dossier à la CNESST. Depuis peu, le TSPT a été ajouté à l’annexe A du Règlement sur les maladies professionnelles. Le fait d’avoir un dossier médical ouvert le premier jour est facilitant pour faire valoir ses droits.
Pour plus d’information : Conseils et stratégies pour gérer les réactions post-traumatiques
Premiers soins psychologiques
En vertu de l’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), « [l]’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique et psychique du travailleur. » Cette obligation comprend les expositions aux ÉPT, lesquelles font partie des risques psychosociaux (RPS), qui sont ciblées comme étant un risque prédominant par la CNESST.
Afin d’atténuer les impacts d’un ÉPT, l’employeur se doit de fournir les premiers soins psychologiques (PSP) au même titre qu’il offrirait des premiers soins physiques. Les PSP visent à procurer un sentiment de sécurité et à favoriser le retour au calme des personnes exposées à un ÉPT. Au besoin, des ressources supplémentaires sont proposées. Les PSP réduisent le risque de développer un TSPT et soutiennent les facteurs de protection. Parmi ceux-ci, le soutien social est le plus important. Le mois suivant un ÉPT est déterminant pour repérer les signes de détresse, intervenir adéquatement et prévenir la persistance de réactions post-traumatiques.
Pour plus d’information :
Vrai ou faux?
Faux. Bien que vous soyez formée pour travailler lors de situations stressantes, avec certains types de traumatismes, vous êtes humaine. Si, par exemple, votre vie est en jeu, il est normal que cela dépasse votre seuil de tolérance.
Faux. Il est possible que les réactions se dissipent après un certain temps. Cependant, pour éviter de développer un TSPT, il vaut mieux consulter le plus tôt possible afin de vous rétablir rapidement et sans séquelles.
Faux. La grande différence entre les deux, c’est l’origine du stresseur. Il est d’ordre traumatique et professionnel dans le premier cas, et d’ordre personnel (rupture, perte d’emploi, etc.) dans le deuxième cas.
Solutions à votre portée
Restez attentive aux commentaires de vos proches, de vos collègues et de votre gestionnaire. Ces personnes peuvent s’apercevoir que vous avez changé et vous en faire part.
N’hésitez pas à faire appel à votre équipe syndicale ou à votre représentante en santé et en sécurité afin que des démarches soient entreprises auprès du comité de santé et de sécurité de votre établissement, pour trouver des solutions adaptées à votre centre d’activités.
Deux fiches techniques ont été élaborées pour faciliter l’implantation des PSP dans un centre d’activités :
- Une approche adaptée aux travailleurs pour le soutien post-traumatique
- Guide d’implantation d’un programme de premiers soins psychologiques
Intéressez-vous aux activités favorisant le rétablissement : Composer avec les blessures de stress post-traumatique
Ressources disponibles
- Consultation avec un‑e médecin : aide médicale, remplissage du formulaire de la CNESST
- Programme d’aide aux employés (PAE) : service de soutien professionnel offert au personnel du réseau de la santé et des services sociaux
- Consultation avec un‑e psychologue, un‑e psychothérapeute ou un‑e travailleuse‑eur social‑e
- La Vigile : service gratuit d’aide aux métiers en uniforme 24/7
- Ligne Info-Social 811 : service gratuit et confidentiel de consultation téléphonique 24/7 avec un‑e intervenant‑e psychosocial‑e
- Centre d’écoute de votre région : service gratuit et confidentiel d’écoute téléphonique
- Écoute Entraide : service gratuit d’écoute et d’entraide
- Tel-Aide : service de première ligne en santé publique
- Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) : services gratuits et confidentiels
- Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) : accompagnement des personnes victimes d’infractions criminelles
- Association québécoise de prévention du suicide : service d’aide professionnel et confidentiel 24/7, par téléphone, par texto et par clavardage
- Ligne d’aide en cas de crise de suicide 9-8-8 : service d’écoute 24/7
- SOS violence conjugale : services aux victimes, à la population et à toutes les personnes touchées par la violence conjugale
- Drogue, aide et référence : écoute, soutien, information et référence
- Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales
- Relief.ca : services pour aider à vivre avec l’anxiété et la dépression
- 911 : services d’urgence

