Évolution des conditions de travail  

Cet article a été publié dans la deuxième édition du magazine La Résonance

Le réseau de la santé a grandement évolué à travers les époques. Qu’est-ce qui a changé dans nos conditions de travail? Quels ont été nos défis? Rien de mieux qu’une ligne du temps pour dresser le portrait de la situation*.  

Il y a eu du bon et du mauvais, c’est certain! À nous d’apprendre du passé pour demander mieux pour l’avenir.  

* Les salaires et les semaines de travail diffèrent d’un titre d’emploi à l’autre et ne sont pas uniformes pour les périodes indiquées. Les montants présentés sont approximatifs et visent à donner un ordre de grandeur en fonction du salaire de base au dernier échelon, lorsque les données sont disponibles. Ltitre d’emploi d’infirmière technicienne a été utilisé pour identifier le salaire de l’infirmière. 

0-1927

Charité et vocation
  • Salaire annuel : 0 à 300 $ (le travail de soins est principalement bénévole)
    Semaine de travail de 70 h
  • Journée normale de travail de 13 h 
  • Multitude de tâches non reliées aux soins (remplir les lampes de kérosène, laver les fenêtres, apporter des seaux de charbon pour assurer une température égale des salles) 

« Le soin des malades est une vocation! Il faut y être appelée! […] Pour se dévouer jour et nuit, il faut sacrifier ses forces, parfois sa santé». – Religieuse de l’École des gardes-malades de l’Hôtel-Dieu de Montréal, 1901 

1928-1962 

Naissance des syndicats en santé
  • Salaire annuel : 2600 $ infirmières (fin du bénévolat, sauf pour les étudiantes) 
  • Semaine de travail de 40 h (en heures coupées, ce qui demande une présence quasi continue à l’hôpital) 
  • Situation dramatique de chômage infirmier  
  • Émergence de nouvelles catégories de personnel (travail social, physio, ergo, diététiste, psy). Qui faisait tout ça avant? 

La première grève dans les services publics, organisée par l’Alliance des infirmières de Montréal (AIM) en 1957, à l’hôpital Sacré-Cœur de Hull, et la menace de grève à l’Hôtel-Dieu de Montréal permettent des augmentations de salaire massives et une première convention collective régionale. 

1963-1976

Début du réseau public et professionnalisation
  • Salaire annuel : 8 600 $ infirmières | 6 600 $ infirmières auxiliaires | 8 400 $ inhalothérapeutes 
  • Semaine de travail de 37,5 h 
  • Environ 70 % des employé-e-s sont à temps partiel ou sur appel 
  • Hausse importante de patient-e-s  
  • Début du temps supplémentaire obligatoire
     

La grève illégale d’un mois, organisée par l’AIM en 1963, à l’Hôpital Sainte-Justine, permet des avancées liées au fardeau de tâche en obtenant la mise en place de comités de soins, un levier d’action syndical encore d’actualité aujourd’hui!  

1977-1994

Début des compressions budgétaires
  • Salaire annuel : 35000 $ infirmières | 17000 $ infirmières auxiliaires | 21000 $ inhalothérapeutes  

En 1983, le gouvernement décide de couper les salaires de 20 % pour 3 mois pour faire des économies 

  • Semaine de travail de 36,25 h 
  • Coupures de postes et mises à pied  
  • Intensification du travail  
  • Désaffection envers la profession

Cette époque difficile pousse les syndicats de professionnelles en soins à s’associer pour faire front, entraînant la création de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), notre ancêtre!  

Nos grèves illégales de 1989 et 1999 permettent de forcer la main au gouvernement pour que les heures de remplacement soient converties en postes. 2000 postes sont ainsi créés, ce qui représente environ 4 millions d’heures de travail ajoutées par année.  

1995-2003

Virage ambulatoire
  • Salaire annuel : 45000 $ infirmières | 35000 $ infirmières auxiliaires | 43000 $ inhalothérapeutes | 47000 $ perfusionnistes cliniques 
  • Multiplication des gestionnaires  
  • Mise à la retraite massive de 4000 infirmières  

C’est à partir de cette époque que le manque de main-d’œuvre devient un prétexte à l’introduction du privé en santé, jetant ainsi le discrédit sur les services publics. 

Le gouvernement propose une réduction de la semaine de travail à 32 h pour les employé-e-s de l’État et souhaite couper dans les régimes de retraite pour faire des économies. La FIIQ bloque l’autoroute 15 et un vote de grève de 24 h est organisé en intersyndicale pour contrer cet affront qui invisibilise le nombre d’heures réellement travaillées. 

2004-2025

Réformes et centralisation
  • Salaire annuel : 90000 $ infirmières | 75000 $ infirmières auxiliaires | 85000 $ inhalothérapeutes | 113000 $ perfusionnistes cliniques
  • Semaine de travail de 37,5 h à 40 h 
  • Gestion par TSO, plans de contingence et non-remplacement 
  • Suppressions importantes de postes 
  • Début des listes d’attente en CHSLD qui engorgent les hôpitaux 
  • Définancement des SAD et des CLSC 

On remercie chaleureusement Couillard, Barrette et Dubé pour cet héritage! 

En 2023, la FIQ organise une première grève légale dans le contexte des services essentiels, une mobilisation qui permet de freiner les reculs importants qu’exige le gouvernement. 

 

2026- ? 

  • Déploiement de ratios sécuritaires 
  • Investissements massifs dans la première ligne 
  • Amélioration des mesures de prévention 
  • Valorisation du travail des professionnelles en soins 
  • Conciliation famille-vie personnelle-travail facilitée 

À nous de rêver et de nous mobiliser pour améliorer les conditions dans le réseau!