Peut-on améliorer le réseau en criant ciseau?  

Cet article a été publié dans la troisième édition du magazine La Résonance

Tous les partis politiques disent vouloir améliorer l’accès aux soins au Québec, mais pour atteindre cet objectif, il faut investir les fonds nécessaires. Ça ne se fera pas en criant ciseau : les décideurs doivent faire les choix budgétaires conséquents! 

Quelques données sur le budget en santé au Québec 

68 G$, c’est le budget dédié à la santé pour 2026, ce qui inclut entre autres le MSSS, Santé Québec, la RAMQ, Héma-Québec, l’INSPQ, l’INESSS et Urgences-santé.  

6 786 $ par personne12, c’est ce que représentaient, en 2025, les dépenses de santé du secteur public. C’est l’un des montants les plus modestes au Canada. En Colombie-Britannique, par exemple, les dépenses sont de 7 570 $ par personne.  

9 000 $ à 17 000 $, c’est ce que représentent les frais de suivi d’une grossesse et d’un accouchement sans complication.  

10 % à 15 %, c’est l’estimation des profits que les entreprises privées peuvent tirer de leurs contrats en santé avec l’État. Il est difficile d’évaluer la valeur totale de ces contrats publics, mais quand de grands groupes internationaux achètent des cliniques dont presque l’entièreté des activités sont financées par des fonds publics, on peut présumer que les profits sont importants.  

Investissement ou dépense?

Prendre soin de la population est une façon d’assurer des revenus pour l’État, puisque les gens qui travaillent paient de l’impôt et créent ainsi de la richesse. Les dépenses en santé sont donc des investissements. 

Si les sommes publiques servent à remplir les coffres des entreprises privées, là, ce sont des dépenses!  

Préventif ou curatif?

Entretenir les infrastructures, ce n’est pas glamour et ça ne permet pas d’obtenir des votes. L’état actuel des établissements de santé le montre bien! Le même constat peut être fait pour la santé et sécurité du travail et les investissements en santé préventive. Les gouvernements font le choix d’investir davantage dans le curatif et ça a malheureusement un coût. 

Manque d’argent?

Tous les partis politiques aspirent à atteindre l’équilibre budgétaire. Jusqu’à présent, les gouvernements ont tenté d’y parvenir en réduisant les dépenses et en imposant des périodes d’austérité, avec tous les impacts négatifs que l’on connaît. 

Toutefois, il est aussi possible d’augmenter les revenus de l’État. Si les mesures fiscales étaient revues afin que les riches paient leur juste part et pour prévenir l’évasion fiscale, l’atteinte de l’équilibre budgétaire serait grandement simplifiée. 

Plus de privé?

Pour régler les problèmes à court terme, certains partis proposent de donner plus de place au privé, notamment avec des partenariats publics-privés (PPP).Les PPP, on connaît bien ça dans le réseau de la santé! Le CHUM et le CUSM ont tous deux été construits avec ce type de partenariat. Résultats positifs? Seulement si on ignore : 

  • les pratiques douteuses pour l’obtention de contrats (qualifiées en 2015 de « plus grande fraude de corruption de l’histoire au Canada » par l’Unité permanente anticorruption – UPAC) (13)
  • la construction non conforme et inadaptée au cadre médical (une ventilation adéquate et des surfaces qu’on peut stériliser, c’est quand même essentiel quand on construit un hôpital (14) 
  • les dépassements de coûts (rien d’étonnant) 
  • les frais de modifications exorbitants (par exemple, 8 200 $ pour une porte et 7 700 $ pour des bras de soutien dans les toilettes) (15)