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FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

« L’austérité a échoué »

« L’austérité a échoué », c’est le titre-choc d’une lettre publiée le 30 septembre dans La Presse, sous la plume du prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz. J’imagine que pour mériter un tel prix, il doit savoir un peu, vous en conviendrez, de quoi il parle. Encore que, s’il était seul, on pourrait parler de brebis égarée. Or, ses propos font échos à ceux d’un autre prix Nobel d’économie, Paul Krugman, qui s’évertue à chaque jour dans le New York Times à nous mettre en garde contre les dangers de l’austérité. D’ailleurs, même les économistes qui auparavant recommandaient les cures d’austérité font leur autocritique.

Or, c’est quoi, l’austérité? C’est quoi, ce mot maintenant tabou que le premier ministre veut à tout prix éviter? Il est expliqué à merveille ici. En gros, quand un gouvernement fait le choix de l’austérité, il postule qu’il est nécessaire de :

  • réduire les dépenses de l’État, donc les services publics, afin de dégager une marge de manœuvre;
  • utiliser cette marge de manœuvre pour diminuer les impôts des entreprises et des plus fortunés;
  • améliorer encore plus la situation des entreprises et des plus fortunés en diminuant leur coût de production, notamment en les subventionnant et en rendant la vie dure aux organisations syndicales.

En retour, on postule que les entreprises, en faisant plus de profit, augmenteront les salaires et amélioreront la productivité. Cette effervescence économique augmenterait les revenus de l’État, ce qui permettrait de refinancer les services publics.  Or, c’est justement cette mécanique qui ne fonctionne pas. Les entreprises envoient leurs profits dans les paradis fiscaux ou se constituent des bas de laine géants.

Au-delà de ces grands mots et de cette analyse macro qui peut paraître loin de ce que nous vivons au travail en tant que professionnelles en soins, au-delà de cette apparence, l’austérité se manifeste de manière dramatique dans notre quotidien. Par exemple, lorsque la direction d’un CSSS a le mandat de récupérer, austérité oblige, des millions de dollars, sur le terrain cela se traduit par l’abolition de postes à temps complet de professionnelles en soins, par des coupes équivalent à des dizaines, voire des centaines d’heures de travail d’infirmières, d’infirmières auxiliaires, d’inhalothérapeutes… et on ose dire qu’il n’y aura aucune répercussion sur les services? On coupe des lits et on prétend que l’accès aux services ne sera pas compromis?

Je ne parle pas  ici d’un cas isolé. Plusieurs CSSS ont et auront à faire des choix douloureux et à identifier où s’abattra la tronçonneuse, parfois contre leur gré. Parce que la décision est politique, parce que l’austérité est politique. Or, quand certain de nos détracteurs nous accusent de faire de la politique au lieu de nous cantonner dans la négociation et la défense de la convention collective, c’est précisément parce qu’on cherche à nous empêcher de questionner la pertinence d’une recette austère qui limite sans cesse l’étendue de ce que nous pouvons, justement, négocier et défendre pour les travailleuses et des travailleurs.

Il est temps de se sortir des fausses prémisses dans lesquelles veut nous enfermer le gouvernement Couillard et constater qu’avec un peu de bonne volonté et de rigueur, d’autres choix existent.

Vous cherchez des revenus? Nous en avons pour 10 milliards de solutions. Vous cherchez comment mieux utiliser les deniers publics? Les professionnelles en soins ont des choses à proposer et c’est ce volet de la solution que j’aborderai dans un prochain billet de blogue.

Sortons du cadre.