Luttes impossiblesloufoques ou facultatives 

Cet article a été publié dans la deuxième édition du magazine La Résonance

Les conditions de travail et de vie qu’on connaît aujourd’hui n’ont pas toujours été ce qu’elles sont maintenant. Certains avantages qu’on considère comme des acquis ne nous ont pas été donnés de bonté de cœur par les gouvernements ou par les employeurs : ils ont été gagnés à coup de mobilisation et de pressions constantes. Voici trois luttes impossibles, loufoques ou facultatives gagnées grâce à la ténacité et au courage des organisations syndicales et de leurs membres 

Congé parental 

Un congé de maternité rémunéré? Absolument impossible comme idée! 

En 1964, la menace de grève des 1 400 infirmières représentées par l’Alliance des infirmières de Montréal, syndicat aujourd’hui affilié à la FIQ, permet l’obtention du premier congé de maternité au Québec. Il s’agit d’un congé non rémunéré, mais c’est tout de même une étape importante. 

Avant cela, aucune disposition légale ne protégeait les travailleuses enceintes, que l’employeur pouvait congédier en toute liberté.  

Les pressions syndicales pour une prise en charge collective de la reproduction se poursuivent jusqu’à l’obtention, en 2006, du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Il aura fallu plus de 40 ans de luttes pour qu’une demande impossible soit aujourd’hui considérée comme un acquis.  

Santé et sécurité du travail 

Que l’employeur doive mettre en place des mécanismes de prévention des accidents de travail? Une demande loufoque! 

En 1924, c’est ce que demandent les travailleuses contaminées au phosphore blanc dans les usines d’allumettes. En 1949, c’est aussi ce que demandent les ouvriers des mines d’amiante. Ce deuxième cas, hautement médiatisé, a permis de sensibiliser la population à l’importance de la santé et sécurité du travail (SST).   

Sans ces luttes et toutes celles qui ont suivi, les accidents du travail seraient toujours considérés comme un risque normal, la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) n’aurait pas vu le jour en 1979, la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP) n’existerait pas, les femmes enceintes n’auraient pas accès au retrait préventif, le TSO, les risques psychosociaux et la surcharge ne seraient pas considérés comme des atteintes à la SST.  

Comme quoi, réclamer des lois et organiser des campagnes de sensibilisation pour protéger l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, ça n’a rien de loufoque. 

Soins de santé gratuits  

Militer pour des soins de santé accessibles universellement et gratuits? Totalement facultatif et certainement pas lié à la mission des syndicats. 

Nous l’avons martelé tout au long de la dernière négociation : « Nos conditions de travail sont vos conditions de soins », mais il ne faut pas l’oublier : les conditions de soins sont aussi nos conditions de travail. C’est pour ça que, dès 1919, les syndicats réclament l’instauration de l’assurance-maladie. En 1961, grâce à la mobilisation, au dépôt de mémoires et aux pressions exercées, on finit par obtenir l’assurance-hospitalisation, puis en 1968, on convainc finalement le gouvernement de l’Union nationale* (qui y était totalement opposé) de mettre en place une véritable assurance-maladie. 

De quoi auraient l’air nos conditions de travail aujourd’hui sans ces luttes facultatives? 

*Erratum: Dans la parution papier, une erreur s’est glissée et c’est indiqué le « gouvernement Duplessis ».

On comprend mieux pourquoi le gouvernement souhaite introduire la notion de cotisation syndicale facultative. Il espère ainsi éviter des changements qui permettraient des avancées pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. Il tente de nous diviser!

Si on a réussi à gagner tout ça, imaginez ce que 90 000 professionnelles en soins réunies sous une même bannière pourraient accomplir aujourd’hui. La force du nombre ne doit jamais être sous-estimée!