Lettre ouverte
Santé et environnement : un même combat à mener d’urgence
5 juin 2026Le 5 juin, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, il est essentiel de rappeler une évidence trop souvent négligée : la santé de la population est indissociable de la santé de notre environnement. Pour les professionnelles en soins que nous représentons, cette réalité ne relève pas d’un concept abstrait. Elle se vit au quotidien, dans les urgences débordées lors de vagues de chaleur, dans les unités de soins où les maladies respiratoires augmentent, et dans les milieux de vie fragilisés par des conditions environnementales qui se détériorent.
Les changements climatiques ne sont plus une menace lointaine. Ils ont des effets concrets et immédiats sur la santé physique et mentale des Québécoises et des Québécois. Les épisodes de chaleur extrême, de plus en plus fréquents, entraînent une hausse marquée des hospitalisations, particulièrement chez les personnes âgées et vulnérables. Les feux de forêt, dont les fumées peuvent parcourir des milliers de kilomètres, aggravent les maladies respiratoires et cardiovasculaires. À cela s’ajoutent les impacts psychologiques liés aux catastrophes naturelles, à l’éco-anxiété et à l’incertitude face à l’avenir.
Dans le réseau de la santé, ces pressions supplémentaires s’ajoutent à un système déjà fragilisé. Le personnel soignant est aux premières loges pour constater les effets combinés de la crise climatique et de la crise du réseau. Trop souvent, les équipes doivent composer avec un manque de ressources, des infrastructures inadaptées et une surcharge de travail chronique. Dans ce contexte, il devient urgent de reconnaître que la lutte contre les changements climatiques est aussi une mesure de santé publique.
Des travaux récents de l’Institut national de santé publique du Québec (notamment le rapport Intégration de la lutte contre les changements climatiques dans la pratique en santé publique, daté de septembre 2024) montrent que les changements climatiques transforment déjà les pratiques en santé publique, augmentent la charge de travail et accentuent les inégalités sociales de santé, alors même que les connaissances et outils pour agir demeurent insuffisamment maîtrisés. Le rapport conclut que l’enjeu n’est plus de reconnaître la crise, mais de donner aux équipes les moyens concrets d’agir, par des actions coordonnées, intersectorielles et ancrées dans la réalité du terrain.
Le réseau de la santé lui-même doit faire partie de la solution. Il représente une part importante des émissions de gaz à effet de serre, notamment en raison de la consommation énergétique des établissements, de la gestion des déchets et de l’utilisation de produits à usage unique. Des initiatives existent pour réduire cette empreinte, mais elles demeurent insuffisantes et trop souvent laissées à la bonne volonté des équipes locales. Il faut une vision globale, structurée et ambitieuse, portée par des investissements à la hauteur des défis.
Cela passe aussi par des choix politiques cohérents. Protéger l’environnement, c’est investir dans des logements salubres, dans des transports collectifs efficaces, dans des milieux de vie qui favorisent la santé et la prévention, ainsi que dans des aménagements urbains qui permettent de lutter contre les îlots de chaleur, particulièrement dans les quartiers les plus densément peuplés et défavorisés. C’est également s’assurer que les établissements de santé sont résilients face aux événements climatiques extrêmes, capables de maintenir leurs services en toute circonstance.
Les professionnelles en soins ne veulent pas seulement soigner les conséquences. Elles veulent participer à la prévention, à la transformation du système et à la construction d’un avenir plus sain. Leur expertise doit être reconnue et mise à contribution dans l’élaboration des politiques publiques, qu’elles soient environnementales ou sanitaires.
En cette Journée mondiale de l’environnement, ces liens ne peuvent plus être ignorés et doivent surtout être pris en compte dans nos actions. La santé humaine dépend directement de la qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons et des milieux dans lesquels nous vivons. Agir pour l’environnement, c’est agir pour la santé. Et inversement.
Nous n’avons plus le luxe d’agir en silo. Les crises que nous traversons sont interconnectées et exigent des réponses à la même hauteur. Il en va de notre capacité collective à protéger les personnes les plus à risque, à soutenir celles et ceux qui soignent, et à préserver un système de santé public fort, accessible et humain.
Le 5 juin ne doit pas être qu’un moment symbolique. Il doit être un appel à l’action. Pour aujourd’hui, et surtout pour demain.
Julie Bouchard, présidente
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ