Lettre ouverte
Consensus en santé à l’Assemblée nationale | Ratios sécuritaires: la réforme qu’il reste à faire
20 octobre 2026Signataires :
Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec—FIQ , Pierre-Luc Déry, président de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en gérontologie (AQIIG) , Dr Xavier Gauvreau, président de Médecins québécois pour le régime public (MQRP), Carole Grant, présidente de l’Ordre des infirmières et des infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ), Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers (OIIQ), Dr Vincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), Solange Tremblay, présidente du Regroupement des intervenantes retraitées des services de santé (RIIRS), Claire Thibault et Nicole Ricard, porte-parole désignées du Groupe de concertation et d’influence en soins infirmiers du Québec (GCISIQ)
Les résultats électoraux sont maintenant connus, mais une chose demeure inchangée : l’urgence d’implanter des ratios sécuritaires professionnelles en soins/patient-e-s. Bonne nouvelle, pour la première fois, cette solution durable pour le réseau de la santé fait aujourd’hui consensus au sein de l’Assemblée nationale. En effet, au cours de la campagne électorale, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec, le Parti conservateur du Québec et Québec solidaire se sont tous prononcés en faveur de l’implantation de ratios sécuritaires.
Si les avancées ont été freinées au cours des dernières années, notamment avec l’abandon de projets pilotes de ratios prometteurs réalisés en 2018-2019 dans plusieurs régions du Québec, il y a aujourd’hui urgence d’agir. Dès maintenant, le gouvernement doit déployer progressivement les ratios partout dans le réseau pour le rendre plus efficace.
Limiter le nombre de patient-e-s à la charge d’une équipe de soins est une garantie de sécurité : pour les patient-e-s, qui ont droit à des soins de qualité dans la dignité; et pour les professionnelles en soins, qui peuvent soigner à la hauteur de leur compétence, en s’appuyant sur une équipe complète et stable.
Avec des ratios, par exemple, une infirmière et une infirmière auxiliaire en CHSLD auraient une vingtaine de patient-e-s à leur charge le jour et moins d’une quarantaine la nuit. Pas une centaine, comme c’est encore trop souvent le cas. Moins d’évènements indésirables, moins d’épuisement et moins de surcharge de travail: voilà le véritable virage à prendre dès maintenant dans le réseau public de santé.
Un remède à la surcharge de travail
Au cours des derniers mois, partout au Québec, des professionnelles en soins se sont mobilisées pour leur santé et celle de leurs patient-e-s. Elles ont revendiqué et obtenu du matériel adéquat, le réaménagement de certains lieux de travail, l’ajout de personnel, l’affichage de postes supplémentaires et une meilleure organisation du travail afin de passer davantage de temps au chevet de leurs patient-e-s et de mieux les soigner.
Il est temps que cette forte mobilisation sur le terrain trouve écho dans la sphère politique : les professionnelles en soins ont besoin d’une réforme structurante qui améliore à la fois leurs conditions d’exercice et la qualité des soins offerts à la population. C’est cet engagement du gouvernement, qui est aussi leur employeur, qui les convaincra de venir travailler dans le réseau et, surtout, d’y rester.
Plus important encore, sans personnel qualifié en nombre suffisant au sein des établissements, tous les autres engagements électoraux en santé pris au cours des dernières semaines, que ce soit le travail en interdisciplinarité, l’élargissement du champ de pratique, le renforcement de la première ligne, la multiplication des CLSC ou le virage numérique, resteront des promesses en l’air.
Une question de volonté politique
Ce qui fait la différence dans un réseau public de santé, c’est la volonté politique de changer les choses. Pensons notamment aux efforts concertés pour réduire le recours aux agences privées de placement depuis la fin de la pandémie de COVID-19.
Cette même volonté doit maintenant être mise au service du déploiement graduel des ratios, en commençant par les centres d’activités les plus en souffrance, comme les urgences, par exemple. Lorsqu’une infirmière doit prendre seule en charge plus de 8 patient-e-s, elle manque nécessairement de temps pour soigner. C’est tout simplement trop. Ainsi, des ratios permettraient d’améliorer l’efficience de l’une des principales portes d’entrée du réseau, favorisant du même coup l’accès aux soins.
Si le Manitoba, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse ont pris le virage des ratios sécuritaires, c’est grâce aux élu-e-s qui ont reconnu leurs bienfaits pour le personnel, les patient-e-s, mais aussi pour tout le réseau de santé, et qui ont eu le courage d’agir. Le consensus politique étant acquis à l’Assemblée nationale, les élu-e-s québécois-e-s n’ont plus qu’à leur emboîter le pas.
Les ratios sauvent des vies. C’est la réforme qu’il reste à faire ! Les infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques seront toujours au rendez-vous pour offrir des soins accessibles et de qualité à la population. Et elles comptent sur l’appui de tous les député-e-s, tous partis confondus.