Le 17 avril dernier, nous soulignions un moment clé de notre histoire collective : l’adoption, en 1984, de la Loi canadienne sur la santé.
Une loi qui peut sembler technique, mais qui repose sur une idée profondément simple : au Canada, on devrait pouvoir recevoir des soins selon ses besoins, pas selon sa capacité de payer.
Universalité. Accessibilité. Équité.
Trois principes qui, depuis plus de 40 ans, façonnent le système de santé canadien. Trois principes qui font en sorte que, peu importe notre situation, on devrait pouvoir se faire soigner sans sortir sa carte de crédit.
Mais aujourd’hui, ces fondations sont ébranlées.
Quand le privé s’invite… et change les règles
En Alberta, l’adoption du projet de loi 11 marque un tournant préoccupant.
En permettant aux médecins de pratiquer dans le réseau public tout en facturant des frais aux patientes et patients, on ouvre la porte à un système à deux vitesses.
Concrètement, ça veut dire quoi? Que certaines personnes pourraient être soignées plus rapidement… simplement parce qu’elles ont les moyens de payer.
C’est exactement le type de dérive que la Loi canadienne sur la santé cherchait à éviter.
La United Nurses of Alberta, le syndicat des infirmières en Alberta, tire la sonnette d’alarme et dénonce des politiques qui risquent d’affaiblir le réseau public, de détourner des ressources déjà limitées et d’accentuer les inégalités d’accès aux soins.
Le Québec n’est pas à l’écart
On pourrait croire que ce débat se joue loin d’ici, mais au Québec aussi la question du rôle du privé revient avec insistance. La nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, a récemment évoqué la volonté « d’utiliser davantage le privé » pour améliorer l’accès aux soins.
Or, nombre d’études ont montré que ce type d’approche comporte des risques bien réels : concurrence pour le personnel, fragmentation des services, affaiblissement du réseau public.
La vraie solution : renforcer le réseau public
Dans ce contexte, il faut revenir à l’essentiel : la solution durable passe par un réseau public fort.
Un réseau où les conditions de travail permettent de retenir les professionnelles en soins. Un réseau où les équipes sont stables. Un réseau où l’accès aux soins ne dépend pas du portefeuille.
La solidarité entre professionnelles en soins dépasse les frontières provinciales. Lorsque les infirmières de l’Alberta se lèvent pour défendre leur système public, elles défendent aussi les valeurs que nous portons ici, au Québec.
Aujourd’hui, nous saluons leur courage et leur leadership.
Et nous réaffirmons, avec elles, une conviction simple : les soins de santé doivent rester un droit, pas un privilège.
