FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

Faits saillants du sondage sur les soins non faits

Un sondage auprès des professionnelles en soins de la FIQ sur la dotation actuelle et l’administration des soins a été réalisé en janvier et février derniers. Ses résultats ont été utiles pour la détermination de ratios dans le cadre des projets ratios et fournissent également des arguments de poids pour la promotion de ratios sécuritaires.

Le rationnement des soins : qu’est-ce que c’est?

La littérature montre que, lorsque les professionnelles en soins sont en surcharge, elles se voient forcées de prioriser certains soins au détriment des autres. C’est ce qu’on appelle le rationnement des soins, lequel a un impact important et direct sur les patient-e-s (chutes, plaies de pression, infections acquises à l’hôpital, etc.). On parle aussi de soins « omis », ou « non faits ». Dans les hôpitaux suisses, une étude a démontré que les patient-e-s traité-e-s dans des établissements où il y avait le plus de soins manqués étaient 51 % plus à risque de décéder que ceux-celles des autres hôpitaux (Schubert et coll, Intqhc, vol 24, no 3).

Résultats du sondage

Comme on pouvait s’y attendre, les données recueillies confirment que de nombreux soins, particulièrement ceux plus intangibles, mais pourtant essentiels, comme l’enseignement aux patient-e-s, et même des soins plus cruciaux, doivent actuellement être exécutés de façon expéditive ou mis de côté par les professionnelles en soins par manque de temps. Pour le vivre au quotidien, les professionnelles en soins connaissent bien ce phénomène et subissent la pression découlant de cette situation. Nous disposons maintenant de données solides pour démontrer les conséquences de la surchage des professionnelles en soins.

Dans le cadre de ce sondage, nous avons demandé aux professionnelles en soins de qualifier le niveau de réalisation de 17 activités. En voici, 13 de celles-ci :

7 activités les plus complètement réalisées selon les standards professionnels (+ de 50 %)

Considérant ces résultats, les questions suivantes demeurent entières :

  • Pourquoi ne sommes-nous donc pas en mesure de réaliser ces activités à 100 %?
  • Comme professionnelle en soins, est-ce acceptable d’évaluer ou même de surveiller l’état de santé des patients seulement 55% du temps ?
  • Comme patient, est-ce sécuritaire de recevoir les médicaments prescrits dans 55% du temps ?

Contrairement à ce qu’une partie de la population peut croire, il existe actuellement de nombreux cas dans le réseau de la santé québécois où la qualité et la sécurité des soins sont mises en péril. Cette préoccupation de qualité et de sécurité, autant pour les patient-e-s que pour les professionnelles en soins, doit aussi être partagée par les établissements de santé qui ont l’obligation, selon la loi, de fournir aux patient-e-s des soins et des services « adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain et social, avec continuité, et de façon personnalisée et sécuritaire ». Comme professionnelles en soins et comme citoyennes, nous nous devons de maintenir et de rappeler ce droit à la qualité et à la sécurité lors de problèmes de santé et de prendre les moyens à notre disposition pour offrir ce qu’il y a de mieux à la population québécoise en matière de santé.

Ce sondage nous permet de repérer les activités professionnelles les plus sujettes au rationnement des soins, notamment, celles qui permettent de faire de l’enseignement, d’offrir le soutien moral essentiel au deuil ou à la compréhension de la problématique de santé et même celles d’offrir une médication dans des délais acceptables et raisonnables.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Activités professionnelles étant les plus souvent trop rapidement, partiellement ou même non réalisées (suite du tableau précédent)

Toutes ces activités sont aussi nécessaires au bien-être et à la sécurité des patients; les citoyens québécois y ont droit et, sans la possibilité d’effectuer celles-ci selon les standards, la pratique des professionnelles en soins est mise en péril.

Il importe donc de continuer à insister pour que les ratios fassent en sorte de rendre disponibles le temps et le soutien nécessaires afin de tirer le meilleur parti de la pratique des professionnelles en soins et offrir aux patient-e-s des soins sécuritaires, de qualité et humains.


Sondage réalisé par la firme Repères à l’hiver 2018; 653 entrevues téléphoniques réalisées auprès de professionnelles en soins; six centres d’activités en soins directs aux patients. La marge d’erreur, lorsque le total est observé, est de +/-3,8%; elle varie entre +/- 8,7% et +/- 9, 7% lorsque les différents centres d‘activités sont observés.