FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec)

COVID-19 et santé mentale

Les professionnelles en soins sont susceptibles de devoir affronter des comportements difficiles à gérer dans le cadre de la pandémie de Covid-19. L’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS) a préparé deux documents qui peuvent s’avérer utiles :

Autres documents pertinents

COVID-19 et la détresse psychologique et la santé mentale du personnel du réseau de la santé et des services sociaux dans le contexte de l’actuelle pandémie


Recommandations concernant la réduction des risques psychosociaux du travail en contexte de pandémie — Covid-19

Prendre soin de la santé mentale des professionnelles en soins

L’inquiétude et le stress qu’implique la difficulté à dispenser des soins dans le contexte d’une pandémie telle que le coronavirus (COVID-19) exige de porter attention aux besoins de soutien émotionnel des professionnelles en soins. S’occuper de soi-même et encourager les autres à prendre soin d’elles-mêmes maintient de plus la capacité à prendre soin des patient-e-s.

Les informations suivantes ont été traduites librement et adaptées de « Cuidando la salud mental del personal sanitorio » de la Société espagnole de psychiatrie (Sociedad española de psiquiatría), et ce, avec leur autorisation. Des ajouts ont été faits en fonction de la réalité des professionnelles en soins au Québec. Ce contenu n’engage en rien la Société espagnole de psychiatrie.

Défis auxquels les professionnelles en soins font face durant la crise du coronavirus

  1. Débordement dans les demandes d’aide

Alors que plusieurs personnes font appel aux soins de santé, les professionnelles en soins elles-mêmes ou leurs proches peuvent devenir malades. À plus forte raison dans les circonstances comme celles de la COVID-19, des professionnelles en soins peuvent être contaminées et devoir être en quarantaine ou avoir besoin elles-mêmes de soins de santé. De plus, les professionnelles en soins sont souvent la référence dans leur entourage pour le soutien et l’information en lien avec la santé.

  1. Risque constant de contamination

Le risque est plus grand de contracter la maladie redoutée et de la transmettre aux membres de la famille, aux ami-e-s et aux collègues.

  1. Équipements insuffisants et inconfortables

L’équipement peut être insuffisant, peu confortable, limiter les mouvements et la communication, et la sécurité qu’il procure peut être incertaine. De plus, tous les messages indiquant que l’équipement est en quantité limitée peuvent contribuer grandement à l’incertitude des professionnelles en soins.

  1. Confrontation avec des besoins accrus de soutien

En même temps que les besoins et la fréquentation sont accrus, l’anxiété des patient-e-s et de leurs familles peut être de plus en plus difficile à gérer pour les professionnelles en soins.

  1. Stress important dans les zones de soins directs aux patient-e-s atteint-e-s

Aider les personnes dans le besoin peut être gratifiant, mais aussi difficile, et les professionnelles en soins peuvent faire l’expérience de la peur, de la tristesse, de la frustration, d’un sentiment de culpabilité, d’être épuisées et de faire de l’insomnie. Ce sont des réactions auxquelles on peut s’attendre dans des situations de cette importance et marquées par l’incertitude. Comprendre que toutes ces réactions sont normales devant une situation anormale peut être réconfortant.

  1. Exposition à la détresse des familles

La crise de la COVID-19 expose les professionnelles en soins à la souffrance intense ressentie par les familles inconsolables de ne pas pouvoir accompagner leurs proches en isolement.

  1. Dilemmes éthiques et moraux

Le manque de moyens, la surcharge ainsi que l’évolution incertaine de l’état des patient-e-s font en sorte qu’à certaines occasions, les professionnelles en soins se voient obligées de prendre des décisions complexes, et ce, dans un court laps de temps, ce qui génère des dilemmes moraux intenses et un sentiment de culpabilité. Il est difficile de vivre une situation qui confronte autant nos valeurs personnelles et professionnelles.

Réactions possibles en situation de stress intense

 

Émotionnelles :

  • Anxiété
  • Impuissance
  • Frustration
  • Peur
  • Culpabilité
  • Irritabilité
  • Tristesse
  • Désensibilisation

Cognitives :

  • Confusion ou pensées contradictoires
  • Difficultés de concentration, pour penser clairement ou prendre des décisions
  • Troubles de la mémoire
  • Pensées obsessionnelles et doutes
  • Cauchemars
  • Pensées intrusives
  • Épuisement par compassion
  • Déni
  • Sensation d’irréalité

Comportementales :

  • Hyperactivité
  • Isolement
  • Évitement de situations, de personnes ou de conflits
  • Verbiage excessif
  • Pleurs incontrôlés
  • Difficulté à s’occuper de soi et à se reposer/à se déconnecter du travail

Physiques :

  • Difficultés respiratoires : pression dans la poitrine, hyperventilation…
  • Transpiration excessive
  • Tremblements
  • Céphalées
  • Nausées
  • Troubles gastro-intestinaux
  • Crampes musculaires
  • Tachycardie
  • Paresthésie (engourdissements, fourmillements)
  • Fatigue physique
  • Insomnie
  • Altérations de l’appétit

Stratégies pour prendre soin de soi durant la crise du coronavirus

  1. S’occuper de ses besoins essentiels

Les professionnelles en soins ont l’habitude de penser qu’elles doivent être disponibles pour les autres et que leurs propres besoins sont secondaires alors que de ne pas manger ni se reposer provoque l’épuisement. Assurez-vous de manger, boire et dormir régulièrement. Ne pas le faire met en jeu la santé mentale et physique et en bout de piste, cela compromet aussi la capacité à prendre soin des patient-e-s.

  1. Se reposer

Lorsque cela est possible, permettez-vous de faire des activités qui apportent du réconfort, qui sont amusantes ou relaxantes. Écouter de la musique, lire un livre ou parler à un-e ami-e peut aider. Certaines personnes peuvent se sentir coupables de ne pas travailler en tout temps ou de prendre du temps pour relaxer lorsque tant de personnes souffrent. Toutefois, prendre un temps de repos permettra aussi de donner de meilleurs soins aux patient-e-s.

  1. Planifier une routine en dehors du travail

Essayez de maintenir les habitudes permises compte tenu des mesures de restriction. Comme le changement d’habitudes est drastique, explorez de façon créative d’autres options qui sont réalisables à la maison : des routines d’exercice quotidiennes, de soins corporels, de lecture, appeler ou faire des vidéoconférences avec des êtres chers.

  1. Échanger avec les collègues de travail

Parlez avec vos collègues de travail et donnez-vous un support mutuel. L’isolement dû à la pandémie peut produire de la peur et de l’anxiété. Racontez votre expérience et écoutez celle des autres.

  1. Respecter les différences

Certaines personnes ont besoin de parler alors que d’autres ont besoin d’être seules. Reconnaissez et respectez ces différences pour vous, vos patient-e-s et vos collègues de travail.

  1. Partager de l’information constructive

Communiquez avec vos collègues de façon claire et encourageante. Identifiez des erreurs ou défaillances de façon constructive afin d’être en mesure de les corriger. Toutes et tous se complètent : les éloges peuvent être des motivateurs puissants et des réducteurs de stress. Partagez vos frustrations et vos solutions. La résolution de problèmes est une aptitude professionnelle qui fournit un sentiment d’accomplissement même pour de petits incidents.

  1. Communiquez avec la famille et les êtres chers

Communiquez avec vos êtres chers, si possible. Ils sont votre soutien en dehors du réseau de la santé. Partager avec eux peut leur permettre de vous soutenir davantage. De plus, ils accueilleront votre vulnérabilité. Se sentir utiles mutuellement est un facteur de protection.

  1. Garder ses connaissances à jour

Faites confiance à des sources de connaissance fiables. Participez à des réunions pour vous garder informée de la situation, de la planification et des événements. Mais ne cessez pas de faire des activités non reliées à la pandémie (lecture, jeux de société, films, activité physique dans la mesure du possible).

  1. Limiter l’exposition aux moyens de communication

Les images explicites et les messages préoccupants augmenteront votre stress et peuvent réduire votre efficacité et votre bien-être général. Protégez-vous psychologiquement en vous permettant de mettre des limites aux demandes qui peuvent surgir des médias sociaux et autres moyens numériques vous demandant information ou conseils personnels afin de préserver votre temps de repos et votre capacité à mener cette course d’endurance. Si possible, réduisez votre exposition aux médias et médias sociaux en lien avec la COVID-19.

  1. Se permettre de demander de l’aide

Reconnaître nos signes de stress, demander de l’aide et apprendre à s’arrêter pour en prendre soin est un mode de régulation interne qui favorise la stabilité face à une situation de stress qui se maintient dans le temps. Votre programme d’aide aux employés peut être une bonne source de soutien dans le contexte actuel.

  1. Ventiler ses émotions

La compétence professionnelle et la force ne sont pas incompatibles avec les sentiments : confusion, inquiétude, sensation de perte de contrôle, peur, culpabilité, impuissance, tristesse, irritabilité, désensibilisation, instabilité… sont précisément les émotions qui nous rendent humaines. Partager ses émotions avec quelqu’un qui nous inspire sécurité et confiance aide à les rendre plus tolérables et à pouvoir les réguler.

  1. Faire l’auto-observation des émotions et des sensations

Ressentir des émotions désagréables n’est pas une menace, il s’agit d’une réaction normale de défense de notre esprit face au danger. Toutefois, soyez vigilantes à ce que des symptômes de dépression, d’épuisement professionnel et d’anxiété ne se développent : tristesse prolongée, difficultés à dormir, fatigue, perte de motivation, souvenirs envahissants, désespoir, crainte, irritabilité. Parlez avec vos collègues, votre supérieur-e ou cherchez de l’aide professionnelle, si nécessaire.

  1. Appliquer des stratégies de régulation émotionnelles connues

Les techniques de respiration, de pleine conscience, l’exercice physique, entre autres, peuvent être utiles pour désamorcer des pensées, émotions et symptômes physiques négatifs.

  1. Se rappeler que ce n’est pas parce que c’est possible que ça va nécessairement se produire

Les professionnelles en soins sont exposées de façon continue à la face la plus sombre de cette pandémie dramatique. Cela suscite une charge émotionnelle qui se traduit en pensées obsédantes où l’on songe toujours au pire. Il est important de ne pas perdre espoir et de se rappeler que beaucoup de personnes qui souffrent de ce virus manifestent des formes plus légères de la maladie.

  1. Donner de la reconnaissance à son équipe

Rappelez-vous que malgré les obstacles et les frustrations, vous accomplissez une grande mission : prodiguer des soins à celles et ceux qui sont dans le besoin. Donnez de la reconnaissance à vos collègues, formellement ou informellement. Il faut se rappeler que toutes celles et ceux qui travaillent dans les milieux de soins dans ces circonstances font leur possible et sont les authentiques héros pour la population.